L’importance de forger son caractère

Les films hollywoodiens, la littérature, les mythes populaires, etc., nous montrent souvent des personnages forts et saisissants. C’est sans doute, parce que nous voulons volontiers nous y identifier ou parce qu’ils nous inspirent ou encore parce qu’ils incarnent un idéal.

Socrate, Alexandre ou Napoléon avaient tous en commun des caractères exceptionnels. Ils ont marqué l’histoire chacun à sa manière. Socrate était un sage, dont la philosophie morale et la personnalité absolument unique ont inspiré les générations successives d’hommes et des femmes depuis 2400 ans. Hoplite durant des campagnes militaires d’Athènes, il a impressionné ses camarades par son courage et sa résilience face au froid et à la faim. Plus tard, lorsqu’il a été condamné à la peine de mort pour des raisons politiques par un jury populaire, il n’a pas fui Athènes, bien qu’il eût cette possibilité. Il est resté maître de son esprit, authentique et fidèle à ses convictions jusqu’au dernier instant de sa vie. Alexandre et Napoléon étaient des militaires qui ont mené de nombreuses guerres et construit de grands empires. Cela a eu pour conséquences inattendues le mariage entre les cultures de l’Occident et l’Orient dans le premier cas et la modernisation politique de l’Europe occidentale dans le second cas. Ces hommes ont suivi leurs instincts, mais leurs caractères exceptionnels ont produit des résultats qui ont fait d’eux des héros à l’échelle de l’histoire.

Notre caractère fait de nous ce que nous sommes et ce que nous valons aux yeux des autres. Il est une externalisation de notre personnalité qu’il façonne à son tour. Il interagit avec nos sensibilités, émotions, pensées ou convictions, ainsi qu’avec notre environnement de vie. Il prédétermine nos décisions et actes. Il a nécessairement une base biologique, mais nous savons aussi que notre héritage biologique ne détermine pas automatiquement notre personnalité ni notre comportement. Notre caractère se forme dans notre interaction avec notre environnement de vie, ainsi que par notre propre volonté. Nous n’avons ainsi jamais deux caractères identiques, même lorsque nous sommes en présence des jumeaux monozygotes.

Nos ancêtres accordaient beaucoup d’importance au caractère humain, afin qu’il fût non seulement fort, pour résister aux aléas de la vie, mais également bon et authentique. Ils savaient par expérience que le caractère était le gage d’une vie heureuse pour l’individu lui-même et pour son entourage. Ils comprenaient par la vie heureuse une vie conforme aux principes moraux avant tout, c’est-à-dire ces principes qui rendent possible la vie dans une société. Ils savaient que le caractère était non seulement quelque chose d’inné mais qu’il pouvait être forgé à force de volonté, d’effort et d’éducation.

De nos jours, nous préférons inconsciemment des caractères uniformes, lisses ou modulables. En tant que parents, nous souhaitons absolument que nous enfants nous obéissent, en pensant que nous agissons ainsi dans leur intérêt. Ensuite, le flambeau de l’éducation est repris par l’école dans le but de produire des citoyens commodes, respectueux des lois et des hiérarchies sociales. Quand nos enfants deviennent des adultes, il se transforment en d’excellents travailleurs, techniquement compétents, dociles et maniables pour leurs employeurs. Or, lorsqu’ils perdent leurs repères dans la vie, après avoir parcouru les chemins qui leur ont été tracés à l’avance, mais sans avoir trouvé les leurs, car nous ne les avons pas aidés à construire leur caractère, nous nous étonnons de leurs échecs.

Nous avons tous intérêt à avoir des enfants, des citoyens et des employés avec des caractères forts et authentiques. Un caractère fort ne signifie pas une personnalité dominatrice ou agressive, mais une personne qui sait faire ses choix d’après ses convictions personnelles et qui est capable d’affronter les difficultés, sans perdre le goût de la vie. L’authenticité signifie qu’il reste fidèle à lui-même, ne renie pas son soi moral face aux difficultés et ne devient ainsi pas mauvais, quelles que soient les circonstances extérieures.

Les caractères authentiques déterminent la réussite sociale des individus, ainsi que celle d’une entreprise ou d’une nation. Il est faux de croire que l’Etat, le système économique ou les technologies suffisent à eux seuls, comme si les personnes humaines n’étaient que des auxiliaires. Ce sont ces dernières qui portent le monde sur leurs épaules et incarnent toutes les valeurs d’une société. C’est le caractère humain qui est l’ultime garant du bon fonctionnement d’une société, de sa liberté et de sa place dans le monde. De même, il constitue le dernier rempart contre l’autoritarisme, la décadence économique ou morale ainsi que contre l’injustice sociale. Lorsqu’un caractère est bien forgé, il n’y a plus besoin d’une incitation externe pour qu’il réalise une belle action. Un pompier brave le feu pour sauver des vies humaines, sans penser à une récompense matérielle ou morale. Il le fait spontanément, car cela fait partie de son caractère de sauveteur.

Nous pouvons forger notre caractère en nous instruisant, par la réflexion, par l’effort et les entraînements et surtout par la force de notre volonté. Un caractère bien formé n’a pas besoin de chercher la plénitude dans la réussite matérielle, bien qu’il en ait besoin modérément pour maintenir son autonomie personnelle. Il a la plénitude en lui-même, quel que soit son statut dans la hiérarchie sociale. Il ne cherche ainsi pas à courir indéfiniment d’après la richesse matérielle et/ou le pouvoir pour combler un vide interne ou un manque de satisfaction ou encore l’absence de sécurité dans la vie. Il ne rejette cependant pas la réussite matérielle ou sociale, car il sait qu’il peut l’utiliser de la meilleure manière possible. Il ne s’approprie pas le fruit du travail des autres, même si cela est permis légalement. Il se comporte en bon père de famille, fils, frère, employé, employeur ou citoyen. Il ne vit pas dans la peur et l’incertitude qui guettent ceux qui n’ont pas formé leur caractère et, de ce fait, n’ont pas confiance en eux. Il est en paix avec lui-même, et sa vie est heureuse de ce seul fait.

Pourquoi devrions-nous nous intéresser au stoïcisme ?

Le stoïcisme est une école philosophique très intéressante du fait de son caractère pratique et de son contenu moral universel. L’école a été fondée par le philosophe grec Zénon de Kition, mort en 262 av. J.-C. Aucune de ses œuvres n’a survécu. Cependant, nous avons eu plus de chances avec les œuvres de ses illustres successeurs romains, Sénèque, Épictète et Marc Aurèle. Le premier était le précepteur de l’empereur Néron, le second était un esclave et le dernier était un empereur romain. C’est un rare exemple de pensées humaines qui se rejoignent malgré les origines sociales opposées à l’extrême de ses auteurs. La raison en réside dans leur puissance morale mais aussi dans leur impact presque thérapeutique sur les individus.

Personnellement j’y puise ma force pour affronter les difficultés de la vie quotidiennement mais aussi au moment des choix particulièrement difficiles à opérer. J’ai découvert cette école à l’époque où j’étais jeune étudiant à l’université. Cependant, l’idée qui m’en a été donnée à ce moment-là relevait plutôt de la caricature, car les philosophes stoïciens ont été décrits comme des personnages sans empathie, y compris envers leurs propres familles. C’est effectivement l’image que nous pouvons en tirer de prime abord si nous prenons les choses de manière littérale et ne nous donnons pas la peine d’approfondir nos connaissances en la matière. C’est beaucoup plus tard en lisant Sénèque, Épictète et Marc Aurèle que j’ai découvert une philosophie morale puissante que je pratiquais déjà partiellement, sans le savoir, en raison de mon éducation et des traditions stoïques dans lesquelles j’ai grandi. À l’époque, mon pays était déjà en pleine guerre civile et je pensais que ma famille ne survivrait pas intégralement. Cela me rendait malade. Je lisais beaucoup à côté de mes études de droit, notamment les œuvres de grands philosophes du passé, pour trouver une solution à mon pays meurtri et, surtout, sauver ma famille. Le destin m’avait alors privilégié en m’accordant un répit de quelques années en raison de mes études que j’ai pu commencer, car je n’avais pas encore 18 ans pour être enrôlé de force dans l’armée. Comme l’existentialisme était toujours à la mode dans le milieu universitaire, j’y me suis intéressé de près mais n’y ai pas trouvé d’idées valables pour m’aider à traverser la guerre. Il m’a semblé même totalement à côté de la réalité, voire suicidaire dans ce contexte-là. J’ai alors décidé de me laisser guider par les croyances et le courage des gens ordinaires de mon pays, qui parvenaient à endurer la guerre et toutes les privations qui l’accompagnaient tout en restant attachés à leur liberté, sans perdre le sens de la justice, ni se mettre à genou devant des gouvernements autoritaires et à la solde des puissances étrangères. Un quart de siècle plus tard, j’ai redécouvert ma passion pour la philosophie, non en raison de la guerre cette fois, mais du fait des difficultés personnelles et professionnelles. C’est en lisant l’Histoire de la philosophie occidentale de Bertrand Russell que je me suis rappelé du stoïcisme. J’ai alors commencé à lire Sénèque, Épictète et Marc Aurèle et été impressionné par le caractère pratique de cette philosophie, dont les idées morales m’ont semblé valables sans limites temporelles et culturelles. J’ai toujours pensé que les choix de vie valables sont ceux qui procèdent des principes éthiques indiscutables. Les œuvres de ces grands hommes m’ont permis de clarifier mes idées et d’adopter une approche plus consciente et plus confiante dans la vie. C’est en comparaison constante avec mon expérience de vie, avec les valeurs culturelles dans lesquelles j’ai grandi et dans lesquelles je vis actuellement que j’ai cherché le sens de leurs écrits. Ce n’était donc pas une lecture dogmatique et passive, mais une réflexion critique à laquelle j’ai soumis le concept entier du stoïcisme. J’ai alors découvert une mine d’idées nouvelles ou familières, mais sur lesquelles je n’avais pas réfléchi suffisamment jusque-là, qui m’ont permis de m’imperméabiliser face aux vicissitudes de la vie. Ce, compte tenu du fait que je m’étais approché dangereusement et plus d’une fois d’un point de rupture, alors que paradoxalement je vivais en paix et dans un confort relatif. C’était cependant un faux confort qui me privait de la combativité qui était nécessaire pour résoudre les problèmes réels auxquels j’étais confronté et auxquels nous sommes normalement tous confrontés.

Je sais que tous les grands caractères, d’une manière ou d’une autre, ont eu le stoïcisme dans leur sang. En effet, le stoïcisme en tant que philosophie fournit les moyens nécessaires pour forger son propre caractère, acquérir et maintenir une force de volonté face à l’adversité, se détacher de toute sorte de contraintes matérielles ou sociales pour rester libre et indépendant dans ses choix, maîtriser ses émotions négatives, telles que les peurs, la colère, les envies démesurés ou condamnables, etc., et faire des choix commandés à la fois par la sagesse, le sens de la justice et la prudence. Il n’incite pas à s’isoler, une tendance malheureuse chez les philosophes et autres penseurs lorsqu’ils se sentent persécutés ou font l’objet de la risée, mais à participer pleinement à la vie sociale et politique. Il a une vision très cosmopolite du monde qui est perçu comme une réalité organique, à l’exemple d’un corps vivant, alors que nous avons généralement une vision mécanistique, suggérée par les idéologies dominantes d’aujourd’hui ainsi que par les sciences de la nature.

Le stoïcisme ne résout cependant pas tous les problèmes. Il ne promet pas la vie après la mort, ni le paradis sur terre. En tant que philosophie, il représente une pensée sereine et cohérente visant à nous fournir des bases solides pour faire des choix moralement valables et pour mieux contrôler nos émotions et nos actes. Il nous rend plus résilients, sans nous priver des émotions positives et de l’empathie notamment et nous offre ainsi plus de chances de vivre une vie heureuse. Il fait l’éloge de l’effort plutôt que celui du confort matériel que nous offre la vie moderne temporairement. Il nous prépare à affronter les difficultés qui peuvent nous attendre à chaque tournant de la vie. Ses idées sont simples et accessibles à tout le monde. Elles nous permettent de nous améliorer et, de ce fait, améliorer le monde. Ce n’est pas une religion, mais une attitude absolument rationnelle face à la vie. C’est un remède contre un manque de repères ainsi que contre la recrudescence de souffrances, notamment psychologiques, qui caractérisent la vie moderne. Il peut être pratiqué partout, y compris le lieu de travail ou des places plus difficiles à vivre comme les hôpitaux, la prison, l’armée, etc. Il nous aide à vivre en personnes libres, sans crainte du présent, de l’avenir ou de la mort.

À lire :

Sénèque, Lettres à Lucilius ;

Épictète, Le Manuel d’Épictète ;

Marc Aurèle, Les Pensées pour moi-même.

Que révèlent les gilets jaunes?

Il arrive que nous nous laissons aller pendant une longue période. Il peut y avoir plein de raisons pour cela : Nous avons travaillé durement pour gagner notre vie, nous nous sommes occupés de nos enfants durant des années et/ou nous avons eu de nombreuses autres occupations, en passant constamment d’une chose à l’autre, avec la conviction que tout allait bien. Or, un bon matin, nous nous réveillons totalement épuisés, notre corps refuse de nous suivre, nos pensées ne sont plus cohérentes et nous voyons tout en noir. Nous sommes victimes d’une dépression, car nous nous sommes négligés durant trop longtemps et avons accumulé une multitude de problèmes latents. Une partie de notre corps se retourne contre nous et se venge dans une sorte de folie destructrice. Il peut y avoir des dégâts physiques et psychiques importants nécessitant une prise en charge médicale. Cette crise peut nous conduire au bord de précipice, si nous manquons de courage, si nous perdons la compassion envers nous-mêmes ou encore si nous ne demandons pas d’aide. Ce que nous ne savons pas encore c’est que cela peut être aussi l’occasion d’un véritable réveil existentiel, d’une renaissance, d’une métamorphose.

La crise des gilets jaunes peut être comprise de la même manière que ce que je viens de décrire ci-haut. La France a probablement trop longtemps négligé une partie de son propre corps, une part de plus en plus grandissante de population en difficulté et précarisée. C’est un pays qui a été incapable de modérer les excès d’un système économique capitaliste, conduit par les instincts humains les plus destructeurs, ou d’en gérer les conséquences. Ce sont ces Français qui vivent avec leurs souffrances et craintes depuis trop longtemps, ne voient plus d’avenir pour eux-mêmes ni pour leurs enfants, ne se sentent pas écoutés par les autorités ou les patrons, n’ont plus confiance en leur gouvernement et, dans leur désespoir, se laissent emporter par la colère.

Vu d’un pays pauvre du tiers monde où la majorité de la population ne mange pas à sa faim, ces évènements peuvent sembler totalement incompréhensibles, car personne ne meurt de faim en France, dirait-on. C’est oublier que les souffrances humaines du monde riche sont aussi réelles que celles dans le reste du monde. Elles n’ont pas toujours les mêmes sources, mais elles peuvent être tout autant dévastatrices que les souffrances de ceux qui souffrent de faim. Aussi honteux que cela puisse être, nous ne sommes pas encore arrivés à un degré d’unité de l’humanité, qui puisse éliminer la faim et les guerres dans le monde.

C’est donc avec la compassion et l’empathie qu’il faut regarder la France et ses gilets jaunes. Inutile de chercher les fautes et les erreurs, si cela n’a pas pour objectif de rechercher des solutions acceptables pour tous. Jusqu’à présent, le président Macron s’est conduit en chef d’Etat sage, car il sait qu’il serait également de la folie de répondre par la force à la colère populaire. Par ailleurs, cela aurait été contraire aux valeurs éthiques et aux libertés politiques auxquelles la France a brillamment contribué ces derniers siècles. La France est un pays éclairé et il lui appartient de montrer un exemple de tolérance et, surtout, de compassion envers cette partie de sa propre population qui souffre.

J’ai espoir que le mouvement des gilets jaunes puisse déboucher sur une prise de conscience collective non seulement en France, mais aussi en Europe et dans le monde. Le monde s’est beaucoup enrichi ces dernières décennies, mais le surplus de richesse ne profite qu’à une minorité de riches, voire de très riches. Les écarts entre les riches et les pauvres se creusent dramatiquement dans les pays riches ainsi qu’entre les pays. La précarité et la pauvreté gagnent du terrain, parfois de manière exponentielle, presque partout. Elles nous guettent tous, même dans le monde riche, quelle que soit notre niveau de formation ou d’expérience professionnelle. Je ne sais pas comment nous pouvons nous sortir de cette situation moralement déplorable et politiquement dangereuse. Il se peut que les Français nous montrent le chemin, comme ils l’ont fait parfois par le passé. Ils peuvent le faire s’ils se laissent guider par la compassion, l’empathie et la raison. J’espère que nous éviterons ainsi un glissement vers un monde dominé par l’autoritarisme et la violence, qui apparaît de plus en plus probable.

Quelle école pour nos enfants ?

J’ai effectué toute ma scolarité obligatoire ainsi que mes études gymnasiales dans des écoles publiques d’un pays du tiers monde. Le niveau d’éducation y était alors en chute libre en raison de la guerre civile qui ravageait le pays. Les élèves ainsi que les professeurs étaient démotivés et souvent absents. Les cours avaient lieu à raison de six demi-journées par semaine. Les programmes d’études n’étaient enseignés que très partiellement. Pour mon grand bonheur, cela me laissait beaucoup de temps libre pour jouer avec mes amis et camarades d’école. Nous étions presque tout le temps dehors. C’était plus agréable et sain que les jeux vidéo et les smartphones, qui occupent les enfants aujourd’hui. Tout cela ne m’a pas empêché, lorsque la fortune m’en a offert la possibilité, de faire des études universitaires. Je n’ai pas rencontré de difficultés insurmontables et j’ai appris plusieurs langues étrangères à la même occasion. J’ai même rédigé une thèse de doctorat auprès d’une université suisse. Tout cela, parce que j’étais motivé. Pourtant, je n’étais pas le meilleur dans ma classe d’école.

Avec mon épouse, nous avons suivi nos enfants tout au long de leur scolarité obligatoire en Suisse, notre pays d’adoption. C’était extrêmement important pour nous. Nous étions reconnaissants que nos enfants avaient la chance de bénéficier de bonnes écoles publiques leur assurant une instruction de qualité, permettant par la suite d’effectuer une formation professionnelle tout autant de qualité. Cependant, mes enfants ont dû travailler beaucoup. Leur charge de travail représentait le double de ce que nous avons eu lorsque nous avions leur âge. Ils ont eu des cours toute la journée, cinq jours par semaine, sauf le mercredi après-midi. Ils commençaient tôt le matin et terminaient tard l’après-midi certains jours. Vu qu’ils passaient beaucoup de temps assis à l’école, nous leur avons imposé des activités sportives et musicales le soir. De ce fait, la famille n’était pas toujours au complet le soir, parfois même le week-end. Nos enfants n’ont pas eu assez de temps libre pour jouer avec leurs amis et camarades. Pourtant, nous sommes convaincus que les enfants doivent passer beaucoup de temps avec leurs parents et le reste de la famille si possible, ainsi qu’avec leurs copains. L’enfance est probablement la période la plus heureuse de la vie, pourvu que les enfants aient assez de temps pour jouer et reçoivent suffisamment de soins et d’affection.

Je me suis toujours demandé s’il était nécessaire d’imposer autant de disciplines et d’heures de présence à l’école et s’il était indispensable de faire une sélection précoce, en vue de futures filières académiques et/ou professionnelles, notamment la fameuse année d’orientation, matérialisée actuellement par les classes à niveaux. Car surcharger les enfants signifie aussi qu’ils n’ont plus de temps pour jouer entre eux ou faire du sport, ni pour développer leurs capacités de réflexion, sans parler de la fatigue et du stress. Quant à la sélection en vue des filières scolaires ou professionnelles futures, bien qu’elle soit moins sévère depuis l’introduction des classes à niveaux, elle compromet l’avenir d’une partie des élèves, car elle leur rend plus difficile l’accès à des formations supérieures par la suite. Cela réduit d’autant le bassin de talents dans le pays.

Je sais par expérience que les enfants ne comprennent les choses que lorsqu’ils ont acquis une certaine maturité qui vient avec l’âge. Chaque enfant est unique et grandit selon son rythme biologique. Lorsque les enfants prennent conscience de leurs intérêts, ils trouvent de la motivation et sont alors capables de combler très rapidement les lacunes dans leur éducation ou formation. Pour cela, il faut néanmoins qu’ils aient de bonnes bases éducatrices, centrées sur leur développement personnel et non simplement sur l’apprentissage de différentes disciplines scolaires.

Pour éviter tout malentendu, je dois préciser qu’une instruction minimale suffisante est nécessaire pour tout développement individuel. Les enfants doivent avoir de bonnes bases dans des disciplines telles que les mathématiques, les langues, l’histoire, les sciences, etc. Le développement personnel est inséparable de telles connaissances de base. Celles-ci ne sont toutefois pas suffisantes pour le premier.

Ce n’est pas en imposant toujours plus de matières à apprendre que nos enfants vont devenir plus intelligents et plus instruits. L’être humain est le produit d’une très longue évolution naturelle. C’est en stimulant leur curiosité et leur capacité de réflexion que les enfants deviendront plus intelligents à l’école comme au travail plus tard. Trop de quantité ou de mémorisation risque de tuer cette remarquable et unique qualité qui est la réflexion. De plus, les enfants risquent d’être stressés. Or, ils ont toute leur vie devant eux, avec son lot de difficultés, déceptions, échecs, etc. N’oublions pas qu’une importante partie d’adultes sont aujourd’hui constamment stressés et démunis face aux difficultés de la vie. Le stress est devenu un fléau des sociétés modernes.

Je n’ai pas pu m’empêcher de me demander la raison de cette situation qui m’a inquiété pour mes propres enfants en premier lieu. Je suis arrivé à la conclusion que cela est dû à nos incertitudes, à nos peurs de l’avenir, à notre incapacité d’aborder la vie avec sérénité et de vivre dans le présent. Or, la peur est une très mauvaise conseillère.

Je pense que l’école doit se soucier uniquement de l’instruction et du développement personnel des enfants. Elle n’a pas à être au service de l’économie et fournir simplement de la main d’œuvre qualifiée au final. Ce n’est pas non plus l’école qui garantit le succès du modèle économique d’un pays. L’Union soviétique avait un bon système éducatif, mais cela n’a pas empêché sa chute. L’instruction publique doit fournir de bonnes bases aux élèves afin qu’ils puissent acquérir la capacité de participer pro activement aux changements socio-économiques qui s’opèrent à pas de géant de nos jours. La sélection doit être effectuée le plus tard possible, afin de garantir l’égalité des chances pour tous. Cela n’aura pas d’effet de nivellement vers le bas, comme le craignent certains, si les choses sont faites intelligemment. Ce n’est pas parce que le modèle actuel a fait ses preuves par le passé qu’il reste le meilleur. Nous devrions mener un large débat sur le sujet.

L’apologie du courage

Dans les zones tribales du Sud de l’Afghanistan, aucune autre vertu parmi les valeurs morales n’est si haut placée que le courage. Les anciens Grecs et les Romains y accordaient autant d’importance, le considérant comme l’un des quatre piliers de la morale antique, les trois autres étant la sagesse, la justice et la tempérance.

Dans nos sociétés modernes, notre attitude face au courage est quelque peu différente de celle de nos aïeuls. Nous ne le valorisons pas suffisamment sans doute parce que les valeurs morales ont changé et/ou cédé du terrain aux règles légales, la vie est devenue plus complexe et nous sommes souvent noyés dans la mer de concepts scientifiques, doctrines philosophiques, idéologies ou encore informations en tout genre. Notre mode de vie hédoniste, qui consiste dans la recherche permanente du plaisir et du confort matériel, ainsi que dans l’évitement des difficultés, ne nous incite pas au courage non plus.

Mais qu’est-ce que c’est que le courage au juste ?

Le courage est une qualité humaine tellement unique. Il a fait distinguer les hommes et les femmes tout au long de l’histoire. Le courage c’est de se relever chaque fois que nous tombons, lorsque nous sommes à terre, anéantis, désespérés, démunis, seuls ou abandonnés, de surmonter nos peurs et désirs dans l’intérêt de nos biens plus importants, de vouloir défendre nos convictions et valeurs éthiques, d’aller à contre-courant si nous en sommes convaincus, de rester maîtres de nos esprits en toutes circonstances, de reconnaître nos fautes et erreurs, d’avoir le souci de la vérité et de la justice, de travailler durement pour gagner notre vie, d’aider les gens que nous aimons, de rester honnête et équitable dans les tractations, d’être courtois et chaleureux avec nos amis, collègues ou voisins et modérés avec nos adversaires, de ne pas avoir peur des difficultés, de la défaite et de la déchéance sociale, de ne pas nuire aux autres quel qu’en soit le bénéfice pour nous-mêmes, de ne pas tomber dans le piège de l’avidité, de cupidité, de l’hédonisme, de ne pas se laisser conduire par les doutes fous, la jalousie, la colère, d’apprécier la vie, même si elle est difficile, de cultiver l’empathie et l’amour, de ne pas donner de l’importance à tout, car personne n’est parfait. Le courage c’est de vivre sa vie et ne pas la subir.

Le courage n’est pas une qualité innée. Il est le produit de notre propre volonté, de notre détermination, de notre esprit ainsi que de notre expérience. Il constitue un attribut de la sagesse. Le courage ne facilite pas toujours la vie, mais la rend valeureuse, lui donne un sens ainsi que de la grandeur. Le courage est extrêmement gratifiant quel que soit le résultat.

Nous avons besoin du courage pour protéger nos familles, sauvegarder nos libertés personnelles, protéger nos valeurs démocratiques. Nous avons aussi besoin du courage pour maintenir les projecteurs sur le pouvoir, car ce dernier aime œuvrer dans l’obscurité pour satisfaire ses appétits inavouables.

C’est grâce au courage de nos pères et mères et de nos aïeuls que le monde a avancé, que nous ne sommes plus des esclaves, que nous pouvons exprimer nos opinions et vivre en femmes et hommes libres. Ne perdons donc pas cet héritage si précieux sans lequel nous ne serions rien. Alors, vivement le courage !



Pourquoi aurons-nous encore des guerres ?

Prenons comme exemple la première guerre mondiale. La situation qui la précédait était caractérisée par une forte croissance économique. L’Europe était un continent moderne et cosmopolite. L’industrie et les transports se développaient rapidement ; le commerce était florissant ; les sciences, l’éducation et la culture connaissaient un essor extraordinaire. Les colonies couvrant une large part du monde fournissaient des matières premières et de la main d’œuvre abondantes. N’importe quel observateur externe, ne connaissant pas les tensions politiques internes de l’Europe, aurait prévu un avenir paisible et heureux pour le continent. Or, ce dernier a plongé dans une guerre terrible dès 1914, emportant ou brisant des millions de vies et produisant la désolation et la misère. Les dirigeants des empires austro-hongrois et allemand, qui ont déclenché la guerre, pensaient qu’ils pouvaient tirer des avantages tangibles d’une guerre rapide et victorieuse. En d’autres mots, ils raisonnaient en fonction de la balance des forces en présence qu’ils croyaient leur être favorable. Ce faisant, ils ont totalement ignoré leur responsabilité morale et infligé des souffrances indescriptibles à des dizaines de millions de personnes. Avec le recul historique, nous constatons que la guerre était une grosse bêtise, et ceux qui l’ont commise desservent le qualificatif d’imbéciles.

Le traité de Versailles a consacré un partage de l’Europe et de ses colonies considéré comme injuste et surtout humiliant pour les vaincus, en particulier pour les Allemands. Il a imposé à ces derniers des conditions qui se répercutaient sur la vie quotidienne de chaque citoyen allemand, créant un ressentiment profond, qui a été habilement exploité plus tard par le Parti national-socialiste. Tout cela a conduit à la Seconde Guerre mondiale, qui a encore une fois dévasté le continent. Pour quel bénéfice, peut-on se demander ? La nouvelle guerre a fait entre 60 et 70 millions de morts ; L’Allemagne a été occupée et divisée en deux États ; l’Europe a perdu sa supériorité politique et militaire dans le monde, laissant sa place aux États-Unis et à l’URSS. Toujours est-il que les dirigeants politiques européens se sont montrés encore une fois comme de parfaits imbéciles.

Les dirigeants européens ont néanmoins tiré des leçons de la Seconde Guerre mondiale et compris qu’ils ne pouvaient pas se comporter de la même manière qu’après la Première Guerre mondiale. L’Europe s’est reconstruite et a connu un développement économique et sociale remarquable. Elle a créé des institutions d’intégration économique et politique afin de fournir une alternative aux nationalismes et d’empêcher ainsi de nouvelles guerres. Ces décisions étaient motivées par des considérations politiques visionnaires, intégrant des réflexions éthiques concernant l’avenir du continent européen.

Si les 70 dernières années étaient heureuses pour l’Europe, il n’en allait pas de même pour le reste du monde. Ainsi, avons-nous connu de nombreuses guerres, Palestine, Corée, Viêt-Nam, Afghanistan, Iraq, Syrie, Yémen, etc., pour ne citer que quelques exemples, impliquant directement ou indirectement des puissances occidentales, y compris européennes. En réalité, nous avons vécu en permanence avec quelques dizaines de guerres et conflits armés dans le monde. En 2017 par exemple, il y avait 53 conflits armés concernant un État ou un gouvernement, selon une certaine estimation. La fin de la Seconde Guerre mondiale était une opportunité unique pour construire un monde meilleur. Les dirigeants du monde ont raté ce virage, incapable de voir l’humanité sub specie æternitatis.

Considérons l’invasion soviétique de l’Afghanistan en décembre 1979. La décision a été prise par 5 membres âgés et malades du Politburo, sur la base des considérations de la politique étrangère de l’Union soviétique dans un contexte international où la guerre froide battait son plein. Il s’agissait d’une sorte de jeu de go par lequel l’Union soviétique voulait éviter la perte d’un régime communiste ami à ses frontières sud, avec un potentiel risque de contagion islamiste pour ses républiques soviétiques d’Asie centrale. Les arguments géopolitiques ne manquaient pas. Or, les dirigeants soviétiques n’ont rien compris à la complexité de la situation en Afghanistan et, par leur intervention, ont transformé la guerre civile en un conflit international sans issue. Pourtant, en s’abstenant d’intervenir, ils auraient pu éviter la guerre et les souffrances qui en résultaient à ses propres soldats et leurs familles ainsi qu’aux générations successives d’Afghans.

Les mêmes arguments sont valables pour l’intervention américaine depuis 2001. Le gouvernement américain de l’époque, attiré par les réserves pétrolières et gazières de l’Asie centrale, a qualifié l’Afghanistan d’un pays ennemi à la suite des attentats du 11 septembre 2001, renversé le pouvoir semi-étatique des Talibans et occupé militairement le pays. À ce moment-là, les dirigeants américains n’avaient aucun projet élaboré de pacification et/ou de reconstruction de l’Afghanistan. Ils partaient de l’idée que la balance des forces en présence était massivement en leur faveur, qu’ils pouvaient poursuivre leurs propres intérêts dans la région et que la reconstruction de l’Etat afghan (state-building) n’était pas leur problème. Les populations afghanes, qui étaient fatiguées de la guerre civile et du régime oppressif des Talibans, ont accueilli les Américains sans hostilité. Or, elles ont été vite choquées par l’agressivité des opérations militaires américaines et par le peu de respect qu’ils ont témoigné envers leurs vies, traditions, mœurs et coutumes. Elles ont donc rejeté en bloc les Américains et leurs alliés. Aujourd’hui, les Talibans contrôlent plus de territoire que le gouvernement de Kaboul et le pays connaît toujours un conflit civil meurtrier. Cette guerre absurde n’a servi ni les intérêts américains ni ceux du peuple afghan.

Si nous ne pouvons pas reprocher aux dirigeants soviétiques et américains leurs limitations intellectuelles – car les êtres humains ont une capacité naturellement limitée, voire très limitée, de comprendre la réalité – nous ne pouvons cependant pas nous empêcher de constater qu’ils ont volontairement foulé aux pieds les règles éthiques universelles et intemporelles et ainsi provoqué des désastres humains. Les mêmes arguments sont valables pour les gouvernements successifs afghans depuis le coup d’Etat communiste de 1978, qui n’ont jamais su s’élever au-delà de leurs considérations partisanes et n’ont eu la moindre compassion pour leurs adversaires et les populations afghanes.

Le comportement des dirigeants actuels du monde n’est guère rassurant. Il n’est fondamentalement pas différent de celui des chefs de clans qui se battaient pour des bouts de territoire ou pour d’autres ressources ou avantages il y a 10 mille ans. Leur ignorance, leur arrogance ainsi que leur mépris de la vérité et de la justice sont criants. Or, nous vivons dans une époque où la science et la technologie ont profondément transformé le monde, conférant à l’homme le pouvoir d’anéantir sa propre espèce.

Nous devons donc être très inquiets pour l’avenir de nos enfants aussi longtemps que les décisions politiques et en particulier celles de la politique mondiale sont prises par des politiciens ignorants, sans contrôle démocratique, sans transparence et uniquement en raison de ce qui est supposé constituer des intérêts politiques et/ou économiques de tel ou tel peuple, de telle ou telle classe sociale ou de tel ou tel groupe d’intérêts et en fonction de la balance des forces en présence. Comme on l’a vue, cette logique a régulièrement conduit aux guerres. Elle est la principale raison de la course aux armements, du développement et de l’accumulation des armes nucléaires et d’autres types d’armes de destruction massive, ainsi que de l’échec des solutions viables au réchauffement climatique, aux conflits armés et à la misère dans le monde. Elle nous amènera à de futurs désastres locaux ou mondiaux si nous ne prenons pas conscience de la gravité de notre situation et ne parvenons pas à imposer la primauté du droit en politique internationale, assurer le respect universel des droits humains, créer des institutions internationales avec de véritables prérogatives d’un gouvernement mondial, etc. Tout cela relève bien sûr du domaine de l’utopie pour l’instant, car aucun des grands pays ne renoncera volontairement à une part substantielle de sa souveraineté ni à ses avantages acquis qu’un nouvel ordre mondial pourrait leur faire perdre. C’est pour cette raison que nous devons nous attendre à ce que notre avenir soit bien plus sombre que nous ne voudrions l’admettre.

Comment faire face aux difficultés?

Nous pouvons tous être confrontés à des difficultés graves. Celles-ci peuvent résulter des événements soudains et intenses ou d’une accumulation des problèmes et des traumatismes au cours de la vie. Si par chance tout va bien, nous continuons à vivre dans une sorte de bulle protectrice. Quand nous somme jeunes, nous croyons que nous le resterons toujours, et quand nous ne sommes pas concernés personnellement, nous avons la conviction que les accidents, les maladies graves, les cancers ou la mort ne touchent que les autres. Or, la bulle protectrice s’éclate un jour et nous entrons dans une crise existentielle profonde, voire dans une dépression.

Nous sommes nés avec des inégalités sociales et biologiques importantes, qui déterminent notre résilience aux difficultés et au stress qui en résulte. Celle ou celui qui est né(e) dans un milieu aisé n’aura pas les mêmes difficultés ni les mêmes moyens pour y répondre qu’une personne qui commence sa vie tout en bas de l’échelle sociale. De même, certains sont plus résilients que d’autres en raison de leur héritage biologique ou de leur environnement de vie austère. Ainsi, ne réagissons-nous pas de la même manière aux difficultés.

Nous pouvons tous être résilients

Or, il n’y a pas de fatalité si nous répondons mal aux difficultés. Nous pouvons tous renforcer notre résilience par la compréhension des mécanismes qui déclenchent notre réaction aux difficultés, par une attitude individuelle adaptée ainsi que par un entrainement régulier à la manière d’un sportif qui se prépare à une compétition.

Il est important de comprendre que la réponse de l’organisme vivant aux difficultés se traduit par le stress ; celui-ci est bénéfique lorsqu’il dure un court moment et n’est pas excessif. Ce genre de stress correspond à un état d’urgence mobilisant toutes les ressources disponibles pour éviter un danger particulier et passager. Il stimule le cerveau et apporte la motivation nécessaire pour faire des choses extraordinaires. Or, l’état d’urgence implique une limitation des ressources pour tout ce qui n’est pas considéré comme vital pour l’organisme. Par conséquent, nous ne sentons pas la faim et notre estomac ne digère pas pendant que nous sommes sous le stress. Nous perdons les muscles, ne dormons pas bien, etc. Nous pouvons ainsi imaginer les conséquences pour notre santé si nos difficultés et le stress qui s’ensuit deviennent chroniques. Dans ce cas, l’état d’urgence est prolongé, notre corps n’est plus réparé correctement, ni suffisamment alimenté en ressources. Nous pouvons alors développer des problèmes cardiovasculaires, le système immunitaire s’affaiblit et notre corps devient vulnérable aux maladies. La partie du cerveau qui est responsable de l’émotion de la peur reprend le relai, ce qui signifie que nous voyons trop de dangers. Il devient plus difficile de prendre des décisions adéquates et de les réaliser. Nous sommes malheureusement tous touchés par le stress chronique dans les sociétés modernes. C’est un fléau causant ou contribuant fortement à d’autres fléaux tels que les maladies cardiovasculaires, l’hypertension artérielle, la dépression, le diabète, etc.

Nous ne pouvons pas éliminer toutes les difficultés et le stress qui en résulte, car nous ne choisissons pas volontairement les premières et le second est profondément ancré dans notre mode de vie. Nous pouvons cependant changer notre attitude face aux difficultés, diminuer le stress et ainsi les gérer au mieux.

Ne pas fuir les difficultés

Nous devons affronter les difficultés, car en les fuyant nous ne faisons qu’aggraver notre condition. Celui qui fuit le combat essuiera non seulement la défaite mais aura, en plus, l’amertume et la honte comme récompense. Il s’en suivra inévitablement une diminution de l’estime de soi. Or, lorsque nous perdons l’amour-propre, nous perdons notre capacité de résister, perdons le plaisir de vivre et ouvrons la porte à toute sorte de comportements irrationnels et à la dépression.

Les difficultés sont des opportunités

Nous ne devons pas considérer les difficultés comme quelque chose de totalement négative. Les difficultés sont aussi souvent des opportunités. Si nous perdons notre job ou subissons un échec dans un contexte quelconque, c’est l’occasion de réfléchir et de mettre sur pied un projet qui peut nous ouvrir de nouveaux horizons. Le meilleur job est celui qu’on crée soi-même. Les difficultés sont l’occasion de nous élever au-delà de ce que nous sommes d’ordinaire. Elles nous offrent l’occasion unique de mettre en pratique nos capacités et connaissances, de réaliser notre potentiel créatif, de devenir des entrepreneurs et de trouver des vocations. Que cela nous plaise ou non, nous ne pouvons avancer dans la vie qu’à travers les difficultés. L’histoire de l’humanité est une histoire de surmonter sans cesse les difficultés.

Nos peurs sont une illusion

Il est bien sûr facile de proposer d’affronter les difficultés mais la réalité est toute autre, rétorqueraient certains. Nous n’avons pas tous la force de volonté suffisante pour y arriver, diraient d’autres. Effectivement, nous fuyons tous les difficultés par instinct hérité de notre nature animale. Face à un fauve, une gazelle n’a d’autre solution que de fuir. Or, nous avons peur non seulement quand il y a un danger actuel, mais nous avons peur tout le temps. Les peurs sont présentes dans toutes nos décisions, dans tous nos actes, dans notre comportement au quotidien. Elles déterminent nos relations avec les gens, dans la famille, avec les voisins, avec nos supérieurs ou collègues au travail, avec nos partenaires contractuels, entre les nations, etc. Lorsque quelqu’un nous fait pressions, lui ou elle fait appel à nos peurs intrinsèques. La peur nous paralyse et nous empêche de prendre des décisions nécessaires ou utiles.

Nos peurs sont à la fois la cause et le résultat du stress chronique avec lequel nous vivons. Nous ne pouvons pas les éliminer mais pouvons les gérer au mieux.

Nous devons commencer par prendre conscience du fait que la peur s’est ancrée très profondément dans nos esprits. Ensuite, il faut déterminer dans chaque cas concret si nos peurs sont fondées. Finalement, nous pouvons les surmonter par une pratique régulière des méditations.

Les méditations nous préparent à faire face aux difficultés

L’école stoïcienne de la philosophie a développé depuis plus de deux mille ans des méditations qui consistent à visualiser les difficultés jusqu’à ce qu’elles ne causent plus d’anxiété, de sorte que notre esprit se libère du poids de la peur afin de réfléchir sereinement et trouver des solutions adéquates. Les méditations stoïciennes et bouddhistes ainsi que les médications de pleine conscience (Mindfulness) nous aident efficacement à maîtriser nos peurs, angoisses et anxiété. Elles apaisent l’esprit et nous permettent de prendre le contrôle de nos émotions. Les grands hommes qui ont marqué l’histoire étaient ceux qui restaient maîtres de leur esprit même dans des conditions insupportables. Les méditations nous renforcent et nous préparent à faire face aux difficultés de telle sorte que nous puissions nous en sortir encore plus forts. Ce sont des entrainements mentaux comparables aux entrainements physiques des athlètes en vue d’une compétition.

Ne pas prendre pour argent comptant ce que nous disent les sens

Nos sens et nos sentiments nous mentent souvent. Il faut donc constamment se demander s’ils nous disent la vérité ou le mensonge. Cela nous permet de voir plus clairement la réalité et de mieux gérer notre état émotionnel, notamment les peurs. Cela nous évite de prendre des décisions malheureuses.

Nos difficultés résultent également de nos jugements erronés sur la réalité. Nous interprétons mal les décisions et les intentions des autres. Nous ne sommes pas toujours suffisamment renseignés ou avons momentanément perdu la capacité de comprendre les choses. Cela implique que nous devons constamment nous demander si nous ne nous trompons pas dans nos jugements ou si ceux-ci ne sont pas trop influencés par nos émotions négatives.

Le détachement face à ce qui n’est pas sous notre contrôle

Nous devons pratiquer un certain détachement non seulement par rapport à nos émotions négatives mais aussi par rapport aux choses qui ne sont pas sous notre contrôle. Épictète, le philosophe romain divisait les choses en deux catégories : celles qui dépendent de nous, savoir nos opinions, désirs, inclinations, aversions, mouvements, actions, et celles qui ne dépendent pas de nous, savoir les choses, les décisions et actions des autres, nos biens, notre réputation, voire notre propre corps. Cette classification peut nous sembler excessive, mais elle a le mérite d’indiquer à quel point nous avons peu de contrôle sur les choses et sur notre propre destin. Cela a une implication importante : se détacher dans une bonne mesure des choses et des événements qui ne sont pas sous notre emprise. Ainsi, si nous perdons notre situation, ne partons-nous pas avec elle. Celui qui voit l’estime de soi, sa dignité ou sa réputation dans la réussite matérielle ou sociale sera totalement perdu lorsqu’il tombe dans la déchéance par un enchainement de circonstances malheureuses. Ce n’est donc pas par hasard que la dépression et les divorces suivent régulièrement les faillites prononcées par les tribunaux.

Le détachement nous protège contre les tempêtes sociales, les ennuis sur le lieu de travail, les soucis dans la vie personnelle. Il n’est pas synonyme d’un manque d’empathie, mais une manière efficace de ne pas être touché dans son intégrité psychique, afin de mieux accomplir ses obligations. En d’autres mots, nous continuons à ressentir de l’empathie envers nous-mêmes et envers celles et ceux qui souffrent, mais nous refusons que nos sentiments nous touchent de telle manière que nous en perdions notre intégrité mentale. C’est dans notre pouvoir de ne pas être touchés par nos émotions négatives. Nous pouvons ainsi considérablement améliorer notre condition.

Rester dans le moment présent

Nous devons rester dans le présent. C’est un concept à la fois simple et puissant qui est inhérent notamment au Taoïsme, au Bouddhisme ainsi qu’au Stoïcisme et aux méditations de pleine conscience. Il nous invite à vivre le moment présent en en étant pleinement conscient, car le passé n’est plus qu’un mémoire et l’avenir n’est qu’une anticipation de notre pensée. Inutile donc d’avoir des regrets pour le passé et de projeter ses craintes et attentes dans le futur. Cela nous évite beaucoup de problèmes. Rester dans le présent signifie que nous n’anticipons pas toute sorte d’hypothèses possibles et imaginables. Nous ne ruminons pas des pensées négatives et nous ne passons pas à côté de notre vie. Nous nous concentrons sur le moment présent et cherchons des solutions pour des problèmes actuels. Nous élaborons nos arguments dans le souci de la vérité, sans crainte pour l’avenir. Nous valorisons ce que nous avons maintenant, car c’est tout ce nous avons en réalité. Nous ne sacrifions pas le présent pour des projets personnels ou de société hypothétiques qui se réaliseraient dans un futur quelconque.

Nos attentes élevées nous rendent malheureux et colériques

Nous avons souvent des attentes trop élevées envers nous-mêmes et envers les autres. C’est un phénomène qui était connu de nos ancêtres. Le philosophe romain Sénèque avait constaté que plus les gens devenaient riches, plus ils devenaient exigeants. Il avait également constaté que cela les rendaient colériques, parce que la réalité désavouait constamment leurs attentes. Cela est tellement vrai pour nos sociétés modernes. Nous sommes si exigeants que nous nous rendons malades. Or, nous sommes tous des humains avec des limitations importantes. Nous ne pouvons pas tout avoir ou tout réussir contrairement à ce que nous est régulièrement répété depuis l’enfance. Nous devons être indulgents avec nous-mêmes et avec les autres. Les choses ne se passent toujours pas comme nous le souhaitons. D’ailleurs, peu de choses sont sous notre contrôle. Si nous échouons, nous devons toujours examiner si cela est dû aux circonstances malheureuses ou à un manquement qu’on pouvait raisonnablement éviter.

L’amour propre est vital

Pour affronter les difficultés, un autre élément est également fondamental : l’estime de soi. C’est une composante importante de la relation que nous entretenons avec nous-même. Il indique la considération que nous nous accordons et la confiance que nous avons en nous-même quand nous prenons nos décisions ou affrontons nos adversaires. Plus cette relation avec soi est valorisante, plus nous sommes confiants en nous-même et satisfaits de notre existence. Nous devons tâcher de ne pas faire dépendre l’estime de soi de nos réussites et échecs, car ceux-ci ne dépendent guère de nous. Par ailleurs, aucune réussite ne peut nous satisfaire si nous avons peu d’estime de nous-même.

L’estime de soi passe inconsciemment par l’image que les autres nous renvoient. Or, c’est là où réside toute la difficulté. C’est ainsi que nous courrons après les honneurs, la célébrité, la réussite sociale ou encore les apparences. Tout cela dépend des circonstances qui peuvent à tout moment se retourner contre nous. Nous pouvons cependant trouver une base solide pour notre existance dans nos valeurs éthiques tout en sachant que nous ne serons jamais parfaits sur ce terrain. Nous pouvons ainsi garder notre estime de soi intact même si nous subissions les pires revers dans la vie, car nous sommes conscients que nous sommes justes, que la vertu ne nous garantit pas la réussite et que nous nous relèverons chaque fois que nous tombons. Nous ne perdrons ainsi jamais l’estime de soi, qui est si essentielle pour une vie pleine et entière.

La solitude et l’isolement sont néfastes

Nous sommes des animaux sociaux. Nous nous sentons forts et en sécurité dans un groupe. Un Nelson Mandela n’aurait probablement pas survécu aux geôles sud-africain, s’il n’avait pas avec lui l’ANC et un soutien international. Il est primordial de constituer des réseaux et des groupes d’amis, de participer aux activités associatives et de s’intéresser à la politique. Cela peut engendrer de la fatigue et des émotions, mais le stress qui en résulte est bénéfique, car il ne produit pas de peurs et d’angoisse mais renforce les émotions positives comme l’empathie, le sentiment de la sécurité ou encore l’estime de soi. Le groupe constitue un renfort contre les difficultés et le sentiment d’appartenance est sécurisant pour l’individu.

Parler de ses difficultés et demander de l’aide

Nous ne devons en aucun rester seuls face aux difficultés. Nous devons en parler autour de nous, dans la famille, aux amis, aux collègues, aux professionnels de la santé et aux autorités si nécessaire. Il est humain de parler de ses difficultés, et il n’est pas honteux de demander de l’aide. Les difficultés, y compris les abus, perdurent et s’aggravent, parce que nous n’osons pas en parler. Les régimes autoritaires se maintiennent parce qu’ils emploient des moyens qui forcent les individus au silence. De même, les managers autoritaires emploient des méthodes qui musellent les employés. Lorsqu’il a y souffrances, il faut délier les langues. Dans une entreprise, cela est bénéfique pour les employés et pour l’employeur car celui-ci n’a aucun intérêt à ce que les employés soient stressés, malmenés ou harcelés. Les employés stressés sont peu productifs, et ne sont pas créatifs. Un management autoritaire et fermé cache souvent l’incompétence.

Éviter de prendre des décisions importantes quand on n’est pas en forme

Il est prudent d’éviter de prendre des décisions importantes lorsque nous sommes physiquement ou psychiquement souffrants, fatigués ou avons mal dormis. Cela nous évite de graves erreurs. Car notre état général influence considérablement sur nos capacités décisionnelles. Notre état émotionnel détermine nos décisions.

Un bon sommeil nous répare et nous prépare à affronter les difficultés. Des expériences scientifiques indiquent que les personnes qui dorment 5 heures ou moins de manière chronique ont plusieurs fois plus de risque de développer la dépression. Elles ont aussi beaucoup plus de risque d’avoir des accidents ou de développer de l’hypertension, des problèmes cardiovasculaires et du diabète. Le manque chronique de sommeil a également une incidence sur l’humeur, sur l’état émotionnel en générale et sur les relations avec l’entourage. Il suffit de s’observer pour s’en convaincre.

Il en va de même d’une bonne hygiène de vie en général. La consommation régulière d’alcool et d’une nourriture non équilibrée, sans parler de drogues ou de la cigarette, nous rend malade. Inutile de rappeler que la pratique d’une activité physique régulière et adaptée nous rend plus forts.

Pour conclure, nous ne devons pas avoir peur des difficultés. Nous sommes capables de traverser des tempêtes collectives ou personnelles. Nous pouvons vivre convenablement avec des problèmes chroniques comme la maladie, le handicap ou la pauvreté. Il suffit d’adopter une attitude adéquate pour que les difficultés deviennent des opportunités et nous rendent plus forts.

Pourquoi l’Union soviétique s’est effondrée ?

J’ai vécu en Union soviétique dans les dernières années juste avant son effondrement. Gorbatchev, le leader d’alors de ce pays pensait qu’il pouvait redynamiser le pays par ses réformes, perestroïka (restructuration) et glasnost (transparence).

Or, le système soviétique était extrêmement centralisé autant politiquement qu’économiquement. Pourtant, l’union incluait des républiques fédérées, républiques autonomes, provinces et régions, qui étaient très diverses ethniquement et culturellement ainsi que disparates du point de vue de leur développement économique.

Historiquement, l’Union soviétique a succédé à la Russie impériale. C’est par une guerre civile sans merci que les Bolcheviques ont repris le contrôle des territoires conquis par la Russie tsariste à partir du 17e siècle. En Asie centrale, la guerre a durée jusqu’aux années 30. À cela s’ajoutait la participation de la Russie à la première guerre mondiale et l’invasion des pays occidentaux contre le régime bolchévique, qui ont laissé le pays exsangue et en proie à l’anarchie et à la famine.

Dans ces circonstances, l’installation d’un régime totalitaire était une conséquence logique de l’histoire.

Le régime soviétique autoritaire et très centralisé a permis de mobiliser des millions de travailleurs mal payés, auxquels s’ajoutaient des dizaines de millions de prisonniers et de déportés, pour toutes sortes de projets colossaux visant à électrifier le pays, mécaniser l’agriculture, industrialiser le pays, construire les infrastructures routières et ferroviaires dans un pays d’une immensité monstrueuse. Le coût humain de l’aventure était des dizaines de millions de vie brisées.

Ainsi, un pouvoir centralisé et autoritaire a prouvé son efficacité relative dans une économie en expansion spatiale.

Les choses se sont gâtées pour l’Union soviétique lorsque les pays occidentaux sont entrés dans la phase d’une intensification de l’économie, provoquée par le développement de la science et de la technologie après la Deuxième guerre mondiale. Le progrès scientifique et technologique a substantiellement amélioré la qualité de vie dans les pays occidentaux. Les citoyens soviétiques regardaient avec admiration et envie les habitants d’Europe occidentale, qui pouvaient s’offrir dès leur premier emploi un logement indépendant, une voiture, des appareils électroménagers, des voyages dans le monde entier. Tout cela restait un rêve pour la plupart des habitants de l’Union soviétique, même si leurs standards de vie ont également augmenté vers les années 70 et 80. L’économie soviétique n’était pas suffisamment productive pour être compétitive sur les marchés mondiaux. Sa capacité d’innovation était entravée par la gestion planifiée centralisée. Sa principale source de devises était ses exportations de gaz et de pétrole ainsi que d’autres ressources naturelles et d’armes, ce qui est vrai pour la Russie d’aujourd’hui également.

Gorbatchev a voulu démocratiser le pays en partant de l’idée que cela rendra plus créatif le pays, notamment les entreprises. Il a introduit les mécanismes de marché à une échelle limitée. Son objectif consistait à créer un équilibre optimal entre la planification centralisée et la liberté ou l’initiative individuelle. C’est ainsi qu’il souhaitait prendre le meilleur de l’économie planifiée, qui aurait permis d’éviter les excès du capitalisme (crises cycliques, gaspillages des ressources humaines et naturelles, distribution disproportionnées des profits, etc.), et la créativité et résilience de l’économie du marché. Il souhaitait également créer une union plus démocratique, favorisant l’intégration volontaire des divers peuples qui la composaient.

À l’époque où Gorbatchev menait ses réformes, j’étais étudiant à Moscou. Pendant des vacances d’été je suis rentré dans mon pays d’origine, l’Afghanistan, et nous avons eu la visite d’un ami de mon père, qui était aussi son prof à l’université quand lui était étudiant. C’était un vieillard très chaleureux, courtois et agréable dans les conversations. Fort de ma jeunesse et de mon ignorance, il était évident pour moi à l’époque que Gorbatchev avait raison et que l’Union soviétique allait rattraper un jour les États-Unis. Mais ce que le vieil homme m’a dit alors m’a laissé songeur : Si Moscou lâche les ficelles, l’Union soviétique va partir en miettes. Ce n’était pas en tant qu’expert de l’Union soviétique, mais plutôt en fin connaisseur de la nature humaine qu’il faisait ce constat.

Effectivement, la démocratisation du système politique a eu comme conséquence l’affaiblissement du contrôle de Moscou, et le pays a basculé dans l’anarchie et finalement vers l’effondrement en l’espace de quelques années seulement.

En initiant ses réformes, Gorbatchev n’avait pas compté avec la part obscure de la nature humaine : le ressentiment cumulé des peuples non russes de l’empire soviétique, les peurs des uns et la soif de pouvoir, d’argent et de domination des autres. Il a ainsi lâché les passions les plus destructrices, et la lutte qui s’en est suivie a détruit l’empire et ravagé les pays qui le composaient.

Pour beaucoup, la désintégration de l’Union soviétique était une bonne chose dans une perspective historique à longue terme. Cela permettait de construire une communauté régionale ou internationale sur des bases plus saines. Ce qui est arrivé à l’Union soviétique n’est pas nouveau dans l’histoire. Tout empire a une fin. Ce que je regrette, c’est les souffrances qu’elle a infligées aux 300 millions d’habitants de l’union qu’on aurait probablement pu éviter ou atténuer. La question est de savoir si on se met du côté de l’individu ou de l’histoire. Personnellement je n’ai pas de sympathie pour l’histoire.

L’implosion de l’Union soviétique peut être instructive pour toute construction politique fédérative ou supranationale actuelle ou future. Prenons l’exemple de l’Union européenne, qui n’est heureusement pas un empire, mais qui peut subir le même sort si ses institutions sont trop faibles, si des difficultés économiques et politiques s’accumulent et si le ressentiment des populations s’aggrave et est exploité par des mouvements populistes de tous bords. Or, l’Union européenne est fondamentale pour la stabilité et la prospérité de l’Europe. Elle peut aussi servir d’exemple pour des structures politiques fédératives librement consenties par des peuples dans d’autres régions du monde.

À mon avis, l’Union européenne doit approfondir son intégration mais ne doit pas devenir trop bureaucratique pour éviter de s’éloigner des soucis quotidiens des populations des pays qui la composent. Elle peut le faire en garantissant aux États membres la plus grande autonomie possible tout en préservant et améliorant les mécanismes protégeant les intérêts de l’Union. L’avenir de l’EU se jouera sur cet équilibre subtile. Un effondrement de l’Union européenne n’est pas un scénario fictif, mais un danger réel au fur et à mesure que la mémoire des deux guerres mondiales s’efface avec le temps, que le contrôle citoyen sur les gouvernements s’affaiblit et que les égoïsmes nationaux s’affirment avec force. Il aurait des conséquences encore plus néfastes pour l’Europe et pour le monde que celles de l’implosion de l’Union soviétique pour ses constituants.

Pourquoi nous ne nous sentons pas heureux ?

La plupart du temps nous sommes stressés. Dès la naissance, nous sommes mis à rude épreuve afin de nous adapter en permanence à un environnement changeant et de plus en plus sollicitant et exigeant. Nous sommes surchargés par toute sorte d’occupation ; nous courrons du matin au soir, et lorsque nous sommes confrontés en plus à des imprévus tels qu’un accident, tension dans le couple ou sur le lieu de travail, perte d’emploi, problème de logement, problèmes financiers, etc., nous nous sentons simplement démunis.

Dans le cadre de mon activité professionnelle, un client m’informait un jour qu’il ne relevait plus son courrier par crainte de recevoir des rappels de factures non payées. Même une toute petite difficulté de ce genre peut ainsi provoquer chez une personne épuisée une réponse émotionnelle qu’elle doit normalement réserver à une situation de grand danger.

La médecine nous indique que le stress persistant a des répercussions néfastes sur le corps. Il cause l’accélération du rythme cardiaque, l’augmentation du taux de cortisol ainsi que la production d’autres hormones avec des effets à long terme sur le système immunitaire, le cœur, le sommeil, l’estomac, l’activité cérébrale, la santé physique et psychique en général.

Nos aïeuls vivant avant l’ère industrielle étaient également confrontés au stress en raison des conditions de vie difficiles mais y avaient élaboré une réponse collective appropriée. Cela permettait aux individus d’élaborer leurs réponses personnelles. Nous n’avons pas encore élaboré de réponses satisfaisantes dans nos sociétés modernes actuelles, même si nous pouvons nous entourer individuellement de toutes sortes de conseils spécialisés.

J’ai remarqué il y a plus de 30 ans que les villageois d’un coin reculé d’Afghanistan étaient plus résistants aux difficultés de la vie que les citadins à Kaboul, la capitale du pays. C’était probablement vrai pour les gens de campagne en général. Ils ont traversé des sécheresses, famines, épidémies et guerres. Or, ils sont restés plus solides mentalement et physiquement que leurs compatriotes des villes. Leur force résidait très certainement dans leur mode de vie et le regard qu’ils portaient sur la vie en général et la mort en particulier. Les chemins de vie collectifs et personnels étaient tracés depuis des siècles et l’individu n’avait qu’à les suivre tout naturellement : la vie économique organisée autour de l’exploitation familiale ou clanique de la terre ou de l’élevage, où la seule insécurité venait des aléas de la nature ; le mariage arrangé par les familles ; les us et coutumes immuables, dont personne n’osait contester le bien-fondé ; les croyances religieuses simples et rassurantes ; l’absence de sentiment de solitude et de son pendant, le sens d’insécurité permanente et de fragilité ; la participation obligatoire dans la vie du clan ou de la tribu ; et une solidarité familiale et collective effective. Cette société n’était pour autant pas parfaite en raison de la dureté des conditions matérielles de vie, de l’absence de soins médicaux modernes, de l’insécurité physique ou encore du poids énorme du groupe sur l’individu.

La science et la technique ont permis aux sociétés modernes d’améliorer considérablement les conditions de vie. Il y a là un progrès matériel et social indéniable. Cependant, cette modernisation a également créé beaucoup de nouveaux ‘besoins’ parfaitement superflus mais qui se sont transformés en soucis.

La modernisation a aussi créé un autre type de société qui a détruit les modes de vie des sociétés précédentes, causant une trop grande rupture historique et culturelle. Les sociétés modernes se sont construites sur le culte de la science et de l’Etat, dont le pouvoir pénètre jusqu’au moindre recoin de la société et de la vie des individus, et sur une individualisation galopante de la vie sociale, de sorte que le mariage, la famille ou l’appartenance à un groupe ethnique ne sont plus des éléments fondamentaux pour l’identité d’un individu. Or, considéré comme une libération de l’individu de l’emprise de son groupe, l’individualisme le rend en même temps plus fragile dans son existence.

L’individu moderne doit faire face au quotidien aux choix multiples dans un environnement qui est continuellement changeant, incertain et de plus en plus exigeant. Dans son effort continu d’adaptation, sans assurance quelconque de succès, dépourvu de toute garantie pour ses moyens de subsistance comme l’emploi, le logement, etc., sans croyances fermes face à la certitude de la mort, il est voué à l’épuisement physique et moral. L’individu moderne est un être dépressif, anxieux, à la merci des circonstances. Il s’est libéré des contraintes de ses aïeuls mais pour en acquérir d’autres, en plus grandes quantités et avec plus d’intensité. Seul face à son existence fragile et éphémère, il doit constamment renoncer à soi-même pour se conformer aux exigences de la société : de l’école, de l’employeur, du propriétaire de son logement, du marché de la consommation, de l’Etat, etc. Il est pris à l’étau entre les contraintes sociales et l’impératif de s’affirmer comme individu. Il n’a plus de repères spirituels, religieux ou philosophiques, solides ; ses valeurs se relativisent sous l’effet de l’idéologie hédoniste dominante, et sa vie perd de sens au final. Il peut chercher sa paix et son bonheur dans un mélange d’hédonisme, de consumérisme et d’indifférence morale, mais cette illusion de bonheur ne perdure pas longtemps, car l’hédonisme n’a jamais été à même de conférer une quelconque sécurité à la vie. Ainsi, la jeunesse et l’abondance de moyens financiers ne feront que retarder sa crise existentielle, car ils ne procurent que l’illusion du bonheur. Cette crise est d’autant plus violente que, dans son insatisfaction permanente, l’individu s’estime seul coupable de ses échecs personnels, la société moderne lui ayant profondément inculqué l’illusion de tout pouvoir réussir dans la vie quel que soit son point de départ dans la hiérarchie sociale. Ainsi, un échec n’est pas intériorisé comme un fait des circonstances malheureuses mais comme la faute de l’individu lui-même.

Il n’y pas de solution facile pour sortir de cette situation malheureuse. Nous trouvons cependant des réponses satisfaisantes dans notre héritage culturel universel. Nous pouvons réunir la résilience et la sagesse de nos aïeuls et le savoir scientifique de notre époque. Cependant, nos sociétés modernes ayant échoué à offrir des réponses collectives, nous devons chercher des réponses à l’échelle individuelle. La philosophie est un domaine du savoir rationnel qui offre des solutions valables. Le stoïcisme, par exemple, est une école de vie, qui offre une spiritualité riche. Même s’il peut sembler élitiste, ses principes (sagesse, courage, justice et tempérance) sont accessibles à tout le monde. Cela demande toutefois un effort continue d’apprentissage et d’entrainement. Rome ne s’est pas faite en un seul jour.

Nous n’avons pas d’autre choix que de nous instruire, d’apprendre à gérer nos émotions, notamment à maîtriser nos craintes et nos envies, et de participer à la vie sociale car nous sommes des animaux sociaux. La solitude et la défiance envers la société peuvent conduire à la folie. Il est de devoir moral de s’intéresser à la politique, de lutter pour la justice, d’agir avec courage, d’aider nos familles, nos amis et le reste de l’humanité. Nous n’avons que cette humanité sur une toute petite planète dans un univers dont l’infinité et l’origine resteront probablement à jamais inaccessibles pour notre esprit limité. Nous devons prendre conscience que l’existence humaine est essentiellement souffrances, mais nous pouvons l’améliorer pour nous-mêmes et pour tous ceux qui nous entourent. Nous pouvons le faire si nous avons le souci de la vérité et agissons avec la bienveillance et l’amour. La paix de l’âme sera notre récompense.

Pourquoi un blog?

L’être humain ne peut pas s’empêcher de réfléchir. La nature nous a doté de cette faculté que j’aurais parfois préféré ne jamais avoir héritée. L’existence n’est pas toujours facile, et c’est en partie à cause de nos pensées. Mais la pensée peut aussi améliorer notre vie.

Je me suis rendu compte que les opinions et les idées que j’ai accumulées au fil de ma vie sont souvent imprécises, désordonnées, non vérifiées et parfois fausses. J’ai acquis des idées, des dogmes, des préjugés, etc., sans toujours un raisonnement suffisamment critique. Or, je suis aussi conscient du fait qu’il est d’une importance fondamentale de se forger une opinion indépendante, critique et vraie. C’est à cette condition que mes choix seront libres.

J’ai donc décidé d’écrire pendant mon temps libre afin de mettre de l’ordre dans mes idées. Marc Aurèle, empereur et philosophe romain, utilisait ce moyen déjà il y a presque deux mille ans, afin de voir plus clairement.

Il existe aussi un autre moyen pour clarifier ses idées : la confrontation via un dialogue constructif et sincère. C’est la méthode à laquelle recourait Socrate lorsqu’il abordait les gens sur la place publique.

Aujourd’hui, on passerait pour un déséquilibré d’aller sur la place publique et de parler des questions morales ou autres. On peut cependant utiliser l’Internet comme un lieu d’échange d’idées et de discussion. Cela explique ma décision de constituer ce blog, qui me permettra ainsi de présenter mes pensées et de connaître les opinions et les critiques de mes lecteurs.

Je remercie par avance toutes les personnes qui prendront la peine de lire les articles que je publie au fur et à mesure de mes possibilités. Je les invite cordialement à me faire part de leurs précieux commentaires. Cela me permettra de m’améliorer.

Nazim N. A