Trump n’est pas un va-t-en-guerre, contrairement à ce que certains pourraient penser

Dans un précédent article, Donald Trump et les autres candidats présidentiels, publié en janvier 2024, j’avais écrit que Donald Trump était le moins mauvais des candidats présidentiels. J’étais arrivé à cette conclusion en raison de la personnalité de Trump, mais aussi du fait qu’il bénéficiait – contrairement aux autres candidats et contrairement aux présidents qui l’ont précédé et qui ont été soutenus pour l’essentiel par l’un ou l’autre des deux partis politiques qui s’alternent au pouvoir -, d’un vrai soutien populaire, ce qui lui assurait les moyens politiques de transformer l’Amérique en profondeur. J’avais également estimé qu’il était capable de prendre ses distances avec les intérêts du complexe militaro-industriel, et d’éviter ainsi une guerre avec la Russie ou la Chine, au profit d’une politique étrangère plus mesurée, tout en forgeant des relations commerciales plus avantageuses pour son pays. Je n’ai pas changé d’avis sur tout cela, maintenant que Trump est devenu président des États-Unis pour la seconde fois et qu’il menace l’Iran d’une guerre dévastatrice ou qu’il laisse Israël poursuivre son génocide à Gaza de manière encore plus cruelle que sous Biden, ou encore en raison de la valse des tarifs douaniers exorbitants qu’il a décrétés à l’encontre des autres pays, y compris contre les pays alliés comme Israël.

Trump pourrait être diminué sur le plan psychologique, surtout après tant de procès judiciaires, la prison, les attentats qui ont failli lui coûter la vie et toutes sortes d’autres pressions et ennuis ces dernières années. Il n’est plus tout jeune non plus, ce qui contribuerait naturellement à sa fragilité psychique. Déjà par sa personnalité, il n’a pas l’apparence de quelqu’un de très stable, ce qui peut facilement créer la confusion chez l’observateur non averti. Pourtant, tous ceux qui l’on bien observé peuvent s’accorder sur une chose : Trump a, à maintes reprises, prouvé qu’il est maître de jeu non seulement en maniant son équipe et l’État américain, mais aussi dans ses relations avec ses adversaires. Il maîtrise parfaitement son jeu machiavélique, dans lequel il utilise au maximum une rhétorique menaçante et très déstabilisante pour ses adversaires pour atteindre ses objectifs politiques, qu’il n’abandonne pas si facilement, même lorsqu’il revient sur ses pas. En y instillant habilement une bonne dose d’imprévisibilité, il ne peut qu’être pris très au sérieux. L’Iran, qui est une superpuissance régionale en devenir, a certainement plus peur de lui que de l’administration Biden. Cette efficacité de rhétorique guerrière très agressive, qui fait souffler en permanence le chaud et le froid sur l’adversaire, doit probablement avoir sa raison d’être dans la culture sociale et politique moderne, qui évalue les gens, en particulier les politiciens, d’après leurs paroles et non d’après ce qu’ils font, alors que dans le même temps, nous savons que pratiquement tous les hommes politiques au pouvoir en Occident sont d’habiles menteurs. C’est paradoxal mais aussi inquiétant : nous perdons ainsi complètement la capacité à bien juger les hommes politiques, et nous votons toujours pour ceux qui mentent au mieux.

Non, Trump n’attaquera pas l’Iran. C’est un pays de 90 millions d’habitants, dont une très forte proportion est jeune, moderne et tournée vers l’Occident, plus que toute autre population en Orient. Iran a une large base industrielle, dispose d’un réservoir inépuisable de main-d’œuvre jeune et qualifiée dans le pays et dans la région, produit une quantité énorme d’armement très sophistiqué et bon marché et a de puissants alliés dans la région, ainsi que dans le monde, dont font partie la Russie et la Chine. Iran ne peut pas être vaincu par aucune puissance militaire au monde. En cas de guerre, il pourrait facilement prendre le contrôle du Golfe persique, le bloquer et ainsi interdire le passage du pétrole vers l’Europe, ce qui provoquerait une crise économique et politique majeure. Il est illusoire de vouloir gagner une guerre contre l’Iran, et il vaut mieux accepter que l’Iran réincarne à nouveau la Perse antique qui a façonné l’histoire du monde pendant des milliers d’années et qui a été le berceau de la paix, de la prospérité et de la civilisation. De plus, les dirigeants iraniens sont des gens sophistiqués et ne fourniront certainement aucun prétexte à une guerre directe avec les États-Unis.

Trump sait tout cela et il n’est pas du tout fou. Comme je l’ai dit dans mon précédent article, il est patriote, ce qui signifie qu’il souhaite le bien de son pays. Il est également un homme d’affaires, ce qui lui donne l’instinct de rechercher le profit non pas par la guerre, qui était le fonds de commerce de ses prédécesseurs, mais par les affaires. Certes, il est aussi produit du système politique américain, où le recours à la force a supplanté les stratégies politiques ou commerciales plus sophistiquées dans les relations internationales. Cela expliquerait son recours aux tarifs douaniers exorbitants pour favoriser l’Amérique dans ses relations avec les autres pays.

Trump me semble conscient, comme d’ailleurs une partie de la caisse politique américaine, du fait que la Chine est devenue le centre du commerce mondial. Considérée autrefois comme l’usine du monde, la Chine a contribué de manière significative au niveau de vie élevé en Occident. Aujourd’hui, elle est devenue la première puissance économique mondiale dans de nombreux domaines, en particulier dans celui des technologies de pointe. Le niveau de vie de la population chinoise continue d’augmenter rapidement depuis 30-40 ans, tandis que le niveau de vie de la population américaine, dont le pays va lentement mais inexorablement vers la faillite, a baissé au cours de la même période. Trump veut inverser ou arrêter ces tendances, mais il ne sait pas comment le faire. En fait, personne ne le sait. Il y a 20 ans, l’Amérique était au sommet de sa puissance économique et ses multinationales, qui dominaient le monde, ne voulaient pas de droits de douane, en particulier sur les produits industriels, afin de tirer pleinement parti de leur domination commerciale et technologique. Aujourd’hui, l’économie américaine n’est plus compétitive face à la Chine et même face à d’autres économies asiatiques. Tout ce que Trump et son équipe ont trouvé comme solution pour le moment, ce sont donc les tarifs douaniers très élevés sur les produits industriels étrangers, surtout chinois. Cela explique la valse des tarifs ces derniers jours, présentés unanimement dans la presse dominante occidentale comme une folie. Je pense toutefois que les tarifs ne sont pas en soi un mauvais instrument pour protéger une économie qui se retrouve clairement en difficulté face à la concurrence étrangère. Je n’exclus donc pas que Trump puisse réussir en partie et rééquilibrer sa balance commerciale avec d’autres pays par le biais de droits de douane.

Vu ses priorités économiques et politiques, Trump veut se libérer du fardeau de la guerre en Ukraine, mais aussi de celle au Moyen-Orient pour se concentrer sur la rivale principale, la Chine. Ainsi, il veut tourner le dos à l’Ukraine le plus rapidement possible, ce qui facilitera une solution pacifique de la guerre via la négociation. Ce sera donc une bonne chose pour le monde et surtout pour l’Europe, même si les dirigeants européens ne voient pas la chose de la même manière ou simplement n’y pigent rien. La solution à la guerre au Moyen-Orient est plus compliquée du fait que le lobby pro-israélien est très puissant aux États-Unis, contrôlant de facto la politique étrangère des États-Unis dans cette région du monde. Trump est conscient que la politique actuelle des États-Unis au Moyen-Orient privilégie les intérêts d’Israël au détriment de ceux des États-Unis. Je suis cependant certain que son amour pour Israël, ou même pour les Juifs en général, n’est pas plus grand que celui qu’il porte aux musulmans, aux arabes ou aux Iraniens. Je pense donc qu’à terme il se passera d’Israël, qui n’est plus politiquement « rentable » pour les États-Unis et ressemble de plus en plus à un boulet au pied. Par ailleurs, il n’a pas renoncé à ses tarifs à l’encontre d’Israël, dont l’économie subit durement les conséquences du génocide à Gaza.

Malgré tout le vacarme, Trump n’attaquera donc pas l’Iran qui a clairement la capacité militaire d’éjecter non seulement les États-Unis de la région, mais aussi de renverser le régime sioniste, ainsi que tous les régimes arabes proaméricains dans la région. Toutefois, vue la puissance de frappe énorme des États-Unis, Trump peut encore augmenter la mise pendant les négociations en cours entre les deux pays et peut obtenir des concessions importantes de la part de l’Iran.

Je pense que les États-Unis resteront une superpuissance mondiale encore ces prochaines décennies. Trump veut faire perdurer la puissance économique américaine ou au moins empêcher son déclin rapide. C’est un bon vœu, car un déclin rapide des États-Unis n’est pas dans l’intérêt du monde, et personne ne doit y contribuer. Un déclin économique rapide des États-Unis pourrait créer des conditions pour un basculement vers le fascisme, qui pourrait mettre le feu au monde entier. Car, le caractère politique américain, comme d’ailleurs le caractère occidental en général, peut plus facilement prendre le raccourci vers le fascisme. Ce dont le monde a besoin, c’est une Amérique pacifique et pleinement intégrée tant économiquement que politiquement dans un monde multipolaire. Un monde qui s’entredéchire en raison des guerres ne pourra pas faire face aux défis globaux qui menacent son existence. En revanche, un monde pacifique offrira de meilleures perspectives pour l’humanité, y compris pour les Américains eux-mêmes. Espérons donc que Trump ne tombe pas dans le piège des guerres, qui réduirait à néant tout le capital politique dont il a été doté par ses électeurs.[i] (Voir aussi L’attentat contre Trump ou lorsque l’histoire se répète)


[i] J’aimerais encore une fois souligner que le but de mes articles que je partage sur ce blog n’est pas d’influencer qui que ce soit, mais de comprendre moi-même le sujet traité et de susciter une réflexion.

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