Les buts, les valeurs éthiques et l’attachement affectif

L’on peut se demander quel est le rapport entre ces notions en apparence si différentes. Pourtant, elles sont intrinsèquement liées entre elles et constituent des principes de base déterminant le comportement de l’individu.

Commençons par les buts. Nous sommes probablement tous d’accord que se fixer des objectifs est d’une importance fondamentale si l’on veut donner un sens à sa vie ou tout simplement réussir quelque chose dans la vie. La question de savoir pourquoi cela est si important n’est pas l’objet de la présente réflexion, mais pour l’instant, convenons que c’est le cas. Cela suscite immédiatement d’autres questions : quels peuvent ou doivent être ces buts, comment les réaliser, tous les moyens sont-ils bons pour parvenir à ses fins, pourquoi malgré tous les efforts déployés, l’on n’arrive pas toujours à se fixer des buts ou à persévérer dans ses résolutions, où est la limite entre la persévérance et le fanatisme, que se passe-t-il quand on n’a pas de buts dans sa vie, etc. ?

J’ai grandi sous un régime communiste, qui avait un objectif à longue terme clairement défini et auquel il croyait vraiment : construire une société communiste. Bien que le régime communiste n’ait réussi à gagner le soutien que d’une petite partie de la population du pays, l’objectif de construire une société communiste à lui seul s’est révélé très attractif pour les intellectuels, les jeunes et les populations éduquées des centres urbains. Ce phénomène était beaucoup plus marqué en Union soviétique, dont l’expérience communiste a été beaucoup plus aboutie, avant qu’elle ne sombre dans une crise politique et économique auto-provoquée irréversible dans la deuxième moitié des années 1980. Les Soviétiques ne manquaient pas une seule occasion pour rappeler que le système politico-économique soviétique avait pour but la construction d’une société égalitaire, où chacun devait avoir accès aux biens matériels et culturels selon ses besoins, tout en fournissant du travail selon ses capacités. Une telle société devait exclure l’exploitation de l’homme par l’homme ou d’un peuple par un autre. C’était grosso modo la définition du communisme, dont l’attrait était immense durant les 19e et 20e siècles en Europe. Cet attrait n’était pas sans raisons sérieuses, vu les conditions de travail et de vie terribles des classes populaires à l’époque. Les Soviétiques faisaient remarquer, à titre de comparaison, que les sociétés capitalistes n’avaient aucun autre but que celui de maximisation du profit, ce qui avait pour conséquence naturelle l’appauvrissement généralisé des populations en termes absolus et relatifs. Ils nous auraient dit que cette prédiction de Marx se confirme de nouveau aujourd’hui en Occident, au cours des 30-40 dernières années, après une période de prospérité inattendue due à des conditions historiques exceptionnelles. En effet, l’on constate sans équivoque que non seulement le capitalisme ultralibéral a conduit à un appauvrissement généralisé de la population des pays industrialisés, mais il pousse l’humanité entière au bord de l’anéantissement collectif, en provoquant des catastrophes environnementales sans précédent, des guerres, la course aux armements, notamment avec des armes de destruction massive. En particulier, elle reproduit constamment une classe politique extrêmement agressive, qui se trouve régulièrement à deux pas du fascisme pur et simple.

Le système politico-économique capitaliste ultralibéral corrompt la société du fond au comble. Cela notamment via une culture de masse toxique dans laquelle les médias de masse traditionnels, contrôlés par les grands capitaux, crachent des mensonges ou, au mieux, des demi-vérités à toute occasion, dans le seul but d’encourager la consommation et la servitude de masse, ou dans laquelle les arts et la littérature ont perdu le contact avec tout contenu universel – la beauté, la réalité et la vérité – au profit de particularités éphémères, futiles et absurdes.

Dans ces conditions, comment puis-je me fixer des objectifs utiles dans la vie, moi qui ai si peu de valeur aux yeux du système politico-économique dominant ? Pour savoir à quel point nos vies ou nos libertés individuelles ne valent pas grand-chose, rappelons-nous un instant le génocide qu’Israël et ses complices occidentaux sont en train de commettre contre la population civile palestinienne ou les camps de « concentration » pour réfugiés à la périphérie de l’Europe ou le traitement tyrannique et diffamatoire que les populations d’Europe occidentale ont subi lors de la pandémie de coronavirus ou encore la menace d’une guerre nucléaire que fait peser sur l’Europe les malades qui sont au sommet de la classe politique occidentale en ce moment même.

On nous dira bien sûr d’être authentiques et créatifs. Or, ce n’est qu’un vœux pieu, qui ne vaut pas plus que nos souhaits de bonheur ou de succès à nos proches, amis ou collègues à telle ou telle occasion. Nous ne pouvons pas être créatifs, parce que nous le voulons ou quand nous le voulons, si la flamme de la créativité ou de l’authenticité, qui nous est transmise par la nature, a été éteinte par un système socio-économique toxique et, en particulier, par le système socio-éducatif, incarné en particulier par les crèches, les jardins d’enfants, les écoles et les universités, qui poursuit clairement les intérêts du système politico-économique ultralibéral.

Ladite flamme est transmise déjà dans le ventre de la mère à son bébé. Elle est entretenue et revigorée par l’allaitement au sein et l’affection que les parents, et surtout la mère, témoignent à l’enfant à chaque instant de sa vie. Lorsque l’on arrache un bébé de quelques mois de sa mère pour le confier à une institution de garde de 7h à 19h, parce que le système capitaliste exige que la mère travaille, coûte que coûte, à quoi doit-on s’attendre ? N’en résulte-t-il pas une déchirure émotionnelle avec des conséquences graves et durables pour le développement émotionnel et également biologique de l’enfant ? Ensuite, le même traitement est réservé aux parents âgés, lorsqu’ils sont placés dans des maisons de retraite dans l’attente de la mort. Tout cela est particulièrement dramatique pour les classes défavorisées. Même dans l’ancienne Sparte, les garçons n’étaient pas séparés de leurs mères avant l’âge de 7 ans. Je suis sûr qu’un jour dans un avenir pas si lointain, si l’humanité survit au capitalisme ultralibéral, l’on se demandera : « Mais comment pouvait-on accepter quelque chose d’aussi criminel dans des sociétés qui se croyaient pourtant éclairées ? »

Je pense ainsi avoir trouvé une réponse à certaines de mes questions. Je sais maintenant pourquoi la classe politique occidentale en particulier est si agressive, ignorante et mauvaise. Un enfant qui grandit dans un détachement affectif – une notion qui devrait normalement être réservée aux philosophes – ne verra très probablement pas le sens de la vie à l’âge adulte, ne pourra pas se fixer des objectifs élevés et s’y tenir, et ne pourra pas non plus se faire guider fermement par les valeurs éthiques, car il lui manquera de point d’ancrage pour tout cela, celui qui est créé par l’affection qu’il porte à ses parents, à ses frères et sœurs et à son entourage. Il lui restera donc comme seule alternative la volonté de puissance, par l’argent et la domination, que lui présente le système capitaliste comme le but ultime de sa vie.

Si j’ai pu supporter et supporterai encore des situations difficiles dans la vie, c’est parce que la Providence m’a donnée la chance d’avoir un attachement profond à mes parents, à mes enfants, à ma famille et, plus largement, la capacité de m’attacher à mes semblables. Cet attachement m’a donné la force de surmonter les difficultés que l’on rencontre généralement dans un pays en guerre, en exil, en raison de la maladie ou dans d’autres situations malencontreuses. Il m’a également fait comprendre que l’amour ou la compassion ne peuvent être qu’authentiques pour être vrais et effectives. L’attachement affectif à mes proches m’a clairement montré la voie à emprunter dans la vie, celui d’ailleurs indiqué par un Jésus ou un Bouddha ou encore un Socrate. Et c’est cet attachement qui me permet d’entretenir la flamme de la vie, quoi qu’il arrive.

Les régimes communistes ont tous échoué, parce qu’ils étaient bâtis sur une fiction purement matérialiste, niant l’attachement affectif, l’amour et la compassion, comme la base de l’existence humaine. Le communisme soviétique était encore plus radical que le capitalisme, en détruisant par exemple la famille sous prétexte de libérer les femmes, anéantissant ainsi la base primaire de tout attachement affectif. Le système soviétique avait un besoin ardent de la main d’œuvre, et c’était la seule vraie raison pour laquelle il a « libéré » les femmes de l’emprise des « traditions. » Je ne pense pas exagérer en disant que les femmes soviétiques n’avaient aucun mal à trouver une place pour leurs enfants dans une institution de garde. Leur « émancipation » était totale pour mieux faire fonctionner les horribles usines soviétiques.

Les sociétés capitalistes ultralibérales échoueront également pour les mêmes raisons : Les individus qu’elles produisent pour leur propre fonctionnement manquent de base affective saine, ce qui les rend ignorants, mauvais et dangereux. Cela pourrait expliquer en bonne partie les horreurs actuelles dans le monde dominé par l’Occident.

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