Peut-on regarder l’avenir avec optimisme ?

L’optimisme est souvent perçu comme une qualité personnelle. En réalité, c’est une qualité commune à tous les êtres humains. De ce point de vue, l’optimisme n’a rien de personnel, car il est l’expression d’une caractéristique innée de la nature humaine. Les personnes optimistes ne perdent pas espoir, tout simplement parce qu’elles savent écouter leur propre nature, qui leur parle telle une voix interne.

L’optimisme peut sembler comme une évidence quand les choses vont bien. Il y a ainsi des époques et des périodes de vie optimistes. Mais la vie n’est pas toujours un fleuve tranquille. Les catastrophes individuelles et collectives sont légion et n’attendent souvent qu’au coin de la rue de nos jours. C’est probablement dû au fait que notre époque est malade, toxique et extrêmement déséquilibrée sous tous ses rapports. Elle ne peut que conduire à un pessimisme profond. Jamais les êtres humains n’ont été à la fois si proches en raison des moyens de communication modernes et pourtant si éloignés les uns des autres dans leur âme. Jamais ils n’ont été aussi perdus et dévastés moralement, pourtant si bien lotis sur le plan matériel. Dans ces conditions, l’optimisme représente une force particulière de caractère.

Nous vivons une époque dramatique où les guerres et les catastrophes naturelles se multiplient, où des millions de civils sont tués et des dizaines de millions déplacés, en raison de nombreux conflits armés dans le monde, et où la possibilité d’une guerre directe entre l’OTAN et la Russie ou entre Israël et l’Iran n’a jamais été aussi réelle. Les gouvernements des États-Unis et de pays membres de l’OTAN continuent à user de toute leur puissance politique, économique ou militaire, y compris le recours à des guerres terrifiantes, pour maintenir leur domination sur le monde. La Russie poursuit la logique d’une grande puissance qui, selon les doctrines scientifiques en vogue, légitime l’usage de la force, y compris le recours à la guerre, pour défendre ses intérêts supposés essentiels, et Israël, avec complicité explicite de gouvernements occidentaux, continue à tuer par dizaines de milliers des enfants et d’autres civils palestiniens à des fins politiques et militaires. Le système économique dominant ne sert que les spéculateurs et autres prédateurs sans foi ni loi, dont le seul but est le profit. Les conditions de vie des populations continuent à se détériorer. L’effort, le travail, la responsabilité morale, le mérite et les autres qualités semblables sont présentées par les idéologies postmodernes dominantes comme des valeurs fictives. Comment pourrait-on être optimiste dans ces conditions ?

Je suis pourtant optimiste, car je crois en la bonté innée de l’être humaine et en sa capacité de renaître. Je suis convaincu que même le dernier des criminels ne peut supporter un seul instant son existence, s’il prend conscience du fait qu’il est criminel. La nature humaine tend donc fondamentalement vers la vertu. La négation de la vertu – par la méchanceté, le mensonge, la tromperie, le vol, le meurtre, etc. – conduit nécessairement à une prise de conscience encore plus profonde de la nature vertueuse de l’être humain. Si néanmoins nous vivons dans un état de déshumanisation prononcée en ce moment, c’est parce que l’humanité organisée n’est, de toute évidence, pas encore arrivée à un stade de maturité collective où la vertu est la règle de base et le mal est une exception. Dans ces conditions, la science et la technologie font partie du problème, car elles ne peuvent que renforcer les forces destructrices de la nature humaine, ce qui explique les catastrophes actuelles. Malgré tout cela, je suis convaincu que nous allons dans la bonne direction, guidés tant individuellement que collectivement par une main invisible. Et cette main invisible agit à travers les forces vertueuses de notre nature humaine. Malheureusement pour nous, le chemin est difficile et plein de dangers. Car le succès que nous cherchons nous conduit souvent à l’abîme et le salut vient souvent au bout de l’échec. La vie est décidément un phénomène étrange, souvent tragique, mais également très attachante.

Je suis également optimiste du fait le monde est en perpétuel changement, aucun mal ni aucune difficulté n’étant durables. Les maladies guérissent, les épreuves et les guerres prennent fin un jour et les êtres humains en ressortent en règle générale agrandis.

La guerre en Ukraine se terminera par des accords de paix garantissant la souveraineté d’Ukraine, qui est son droit inaliénable. La Russie obtiendra des garanties nécessaires pour sa sécurité, ainsi que les territoires russophones annexés qui lui appartenaient historiquement. Pourquoi cela doit se passer de cette manière ? Parce que la guerre a été un piège tant pour la Russie que pour l’Ukraine. Les seuls qui en ont profité sont les Américains, qui ont activement créé les conditions nécessaires pour cette guerre durant des décennies. Il est urgent de sortir de ce piège avant que la guerre ne mette à feu et à sang toute l’Europe, dont les dirigeants suivent aveuglement leurs maîtres américains. La Russie tirera certainement de bonnes leçons de cette guerre fratricide et j’espère qu’elle se distancera à l’avenir de la logique (machiavélique) de la grande puissance au profit d’une logique de confiance et de coopération pour son propre bien et celui de ses voisins.

Israël sera démantelé et laissera sa place à une Palestine démocratique où les « Israéliens », Palestiniens, juifs, musulmans et chrétiens vivront en paix en tant que concitoyens libres et égaux. Pour cela, il faut qu’Israël et ses alliés subissent une défaite complète, car sans la défaite ils ne pourront jamais surmonter le régime d’apartheid. Cette défaite viendra avec le temps et avec participation active et substantielle de la communauté internationale et tombera comme un fruit mûr, comme cela fût jadis le cas du régime d’apartheid en Afrique du Sud. Cette défaite est déjà partiellement réalisée, car l’État d’Israël n’a plus aucune légitimité morale aux yeux de la plus grande partie de la population mondiale. Singulièrement, Israël a démontré que lui-même et la classe politique traditionnellement au pouvoir en Occident n’ont aucune considération pour la vie ou la dignité humaine.

L’Occident, et en particulier l’Europe, connaîtra des changements politiques profonds dans les années à venir. Les gouvernements actuels, aux idéologies postmodernes, laisseront leur place à des gouvernements plus populaires, incarnés par des forces patriotiques mais qui sont souvent présentées par l’élite au pouvoir et les médias traditionnels comme des forces politiques extrémistes, voire fascistes. Bien que je rejette avec force leurs idéologies xénophobes, dont elles sont malheureusement porteuses, je ne comprends pas pourquoi ces forces politiques, comme, par exemple, le Rassemblement national (Front national) en France ou le parti de Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia) en Italie, doivent être qualifiées de fascistes. Ces sont des forces qui veulent empêcher le déclin politique et social de leurs pays, comme d’ailleurs Trump aux États-Unis, via un retour aux valeurs traditionnelles des sociétés européennes. Il y aura certes des perdants, mais ces perdants seront avant tout ceux qui servent les intérêts d’une élite économique occidentale aux ambitions mondialistes, incarnés par les partis traditionnels de droite ou de gauche au pouvoir depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Je suis convaincu qu’avec la classe politique actuellement au pouvoir, l’Occident n’est en mesure de relever aucun des grands défis de notre époque : Les problèmes climatiques, le vieillissement des populations des pays industrialisés, la course aux armements, les prédations sans commune mesure du système économique ultralibéral à l’encontre des êtres humains et de l’environnement, etc. En effet, comment peut-il vouloir s’atteler à résoudre ces problèmes alors que ses entreprises d’armement génèrent 550% de bénéfices, en raison des guerres, ou lorsque celles-ci lui assurent la mainmise sur les ressources naturelles précieuses du tiers-monde. Avec autant de profit en jeu, les gouvernements occidentaux préféreront se casser le cou dans des guerres et dans la course aux armements plutôt que de faire autre chose. Les solutions viendront donc d’ailleurs. La Chine, par exemple, produit déjà près de 98 % des technologies utilisées pour produire de l’énergie propre. Son modèle de politique économique fait converger efficacement les ressources financières, techniques et humaines des entreprises privées et publiques, ainsi que les connaissances spécialisées des universités et autres centres de recherche, pour atteindre des objectifs d’intérêt public définis par l’État. Cela explique en partie la montée économique et les percées sans précédent de la Chine dans de nombreux domaines technologiques, notamment en matière d’énergie propre. Par ailleurs, le modèle socio-économique de la Chine repose davantage sur le principe de coopération et de développement que sur une concurrence effrénée et destructrice.

J’observe également des signes clairs de progrès économique et de développement social dans d’autres parties du monde, en Inde, en Asie centrale et du Sud, au Moyen-Orient et en Afrique. En particulier, l’Afrique semble avoir le potentiel de devenir une superpuissance économique ces prochaines décennies. Mais pour cela, elle doit avant tout recouvrer sa souveraineté face à la domination néocoloniale occidentale. Elle peut le faire en revenant à ses valeurs traditionnelles, ce qui lui permettra de mettre fin au cercle vicieux des guerres civiles, des génocides et des régimes non démocratiques et corrompus, marionnettes de puissances étrangères.

Je suis sûr que le monde de demain sera mieux équilibré sous tous ses aspects : économique, politique et social. Il ne signifiera pas un nivellement vers le bas du niveau de vie des populations des pays industrialisés ou une perte de leur souveraineté, comme cela pourrait être craint par certains. Ce sera un monde où tout le monde est gagnant. Il sera également mieux équipé pour faire face aux problèmes globaux tels que le réchauffement climatique, la pauvreté extrême, les guerres et les catastrophes naturelles, qui nécessitent une coopération globale fondée sur des intérêts partagés et le respect mutuel, loin de la domination néocoloniale et du pillage des ressources humaines et naturelles qui prévalent actuellement. Le monde de demain sera donc plus humain et c’est une raison pour être optimiste.

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