Vous avez la montre, nous avons le temps

Il y a 10-15 ans, un journaliste américain ou occidental avait demandé au porte-parole des Talibans comment ils pensaient gagner la guerre contre les États-Unis, l’empire le plus puissant qui ait jamais existé dans l’histoire. Le porte-parole avait alors répondu : « Vous avez la montre, nous avons le temps. »

Les Américains ont subi l’une des défaites les plus cuisantes dans leur histoire face au mouvement insurrectionnel des Talibans en Afghanistan. Pendant presque dix ans, les Américains ne savaient pas comment sortir leurs troupes d’Afghanistan, raison pour laquelle ils ont négocié le retrait avec les Talibans, sans impliquer le gouvernement de Kaboul. Le retrait a finalement été achevé en été 2021. Les talibans ont repris le contrôle du pays, renversant le gouvernement pro-américain corrompu et impopulaire de Ghani avant même la fin du retrait américain.

L’occupation américaine de l’Afghanistan n’était pas un hasard de l’histoire. Elle s’inscrivait dans le cadre d’une politique étrangère très agressive des soi-disant néo-conservateurs – qui sont en fait des fascistes -, qui sont à la tête des États-Unis depuis trois décennies et qui veulent remodeler le monde par la force, en particulier le Moyen-Orient, dans l’intérêt du complexe militaro-industriel américain. Les guerres en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Libye, au Yémen, en Ukraine, etc., qui ont fait des millions de victimes, n’en sont que quelques exemples. Berceau d’une culture persane millénaire, l’Iran est dans le collimateur des États-Unis depuis 40 ans. Les fascistes qui se tapissent dans le « Foreign Policy Establishment » n’hésiteront pas à le réduire aux cendres dès qu’ils en ont l’occasion. C’est ce qui explique la volonté constante des États-Unis d’entrer en guerre contre l’Iran sous prétexte de protéger Israël.

Cependant, la menace américaine n’a jusqu’à présent fait que renforcer l’Iran. Ce pays a réussi, malgré d’innombrables sanctions occidentales, à s’industrialiser au point qu’il peut aujourd’hui produire, en principe, tout dont il a besoin : les machines, voitures, tracteurs, avions, etc. Ses drones militaires bon marché ont probablement changé la donne sur le théâtre de guerre en Ukraine en faveur de la Russie. Sa population de plus de 90 millions d’habitants est jeune, dynamique et talentueuse. L’Iran dispose d’immenses réserves de gaz et de pétrole et est aujourd’hui une surpuissance régionale en devenir. L’Iran sera en toute évidence plus industrialisé que l’Allemagne dans 20 ans, si la tendance actuelle à la désindustrialisation se poursuit en Europe.

Si l’Iran est désigné comme un ennemi par les États-Unis et Israël – qui, lui, est l’avant-poste colonial des États-Unis au Moyen-Orient – c’est parce qu’il s’oppose à la domination américaine, comme la Russie ou la Chine. L’Iran est la plus petite et la plus faible de ces trois puissances régionales, mais il n’est pas seul. Il bénéficie d’une alliance militaire de fait avec la Russie. Quant à la Chine, elle ne se permettra pas non plus de laisser les États-Unis écraser l’Iran, car après l’Iran, ce sera le tour de la Chine. En outre, l’Iran a réussi à organiser un axe de résistance contre les États-Unis et Israël, rassemblant de nombreux alliés au Moyen-Orient. Ce cercle s’élargira au fur et à mesure que les régimes proaméricains seront renversés par leurs populations qui haïssent la domination américaine et le régime sioniste d’Israël.

Les États-Unis ne vont pas renoncer à leur contrôle sur le Moyen-Orient sans avoir usé de toute leur puissance politique et militaire, car le Moyen-Orient, c’est le pétrole mondial et ce sont également les voies de communication maritimes entre l’Europe et l’Asie. Celui qui contrôle le pétrole, contrôle l’économie mondiale. Celui qui contrôle les voies de communications maritimes, contrôle le monde. Israël n’est qu’un pion dans ce jeux, mais il dispose des moyens militaires très importants, y compris des armes nucléaires. Ce que fait Israël est entièrement imputable aux États-Unis. Il ne faut donc pas chercher une solution politique aux problèmes du Moyen-Orient à Tel-Aviv, mais à Washington.

De leur côté, les Iraniens et leurs alliés arabes luttent pour leur indépendance vis-à-vis de la domination américaine, une domination qui n’a apporté que désolation, guerres, régimes fantoches corrompus, pauvreté, etc. aux peuples de la région. Ils finiront par gagner ce combat, parce qu’il est porté par le désir de la liberté – un instinct profondément ancré dans la nature humaine -, parce que les Iraniens et leurs alliés arabes sont beaucoup plus intelligents et courageux que les décideurs des États-Unis, d’Israël ou d’autres chancelleries occidentales, et parce qu’ils disposent désormais aussi des ressources financières et militaires nécessaires.

Les Américains et les Israéliens savent tout cela, et n’ont pas de stratégie pour perpétuer leur sinistre projet colonial. Ils sont accros à l’usage et à la menace de la force. Cela explique le génocide des Palestiniens, les assassinats, les bombardements des civils, les actes de guerres et autres crimes odieux. Ils ne semblent pas comprendre que le terrorisme, notamment le terrorisme d’État, n’a jamais changé le cours de l’histoire. Ils ne semblent pas non plus être capables de faire la distinction entre la puissance militaire et une stratégie. C’est normal, car une stratégie présuppose une vision positive de l’avenir, dont les génocidaires, les fascistes et autres criminels ne sont pas capables.

Les Iraniens et leurs alliés ont une vision optimiste de l’avenir et une stratégie politico-militaire éprouvée. Ils veulent libérer la région et ressusciter une civilisation arabo-musulmane brillante, qui a été détruite par la décadence interne des sociétés arabo-musulmanes et définitivement enterrée par le colonialisme européen. Ils ont également une stratégie militaire mûrement réfléchie : éviter toute confrontation directe à grande échelle, car l’ennemi est puissant et déterminé à infliger des destructions massives. La guerre en Ukraine est un exemple d’une guerre de grande intensité, où la partie faible – l’Ukraine – sera à la fin complètement anéantie. Les Iraniens et leurs alliés semblent avoir adopté une stratégie qui consiste à encercler et à harceler « l’éléphant » en lui faisant subir mille piqûres de moustiques pour le vider de son sang. L’éléphant finira par se décamper ou s’effondrer. Les Afghans ont appliqué avec succès cette stratégie contre l’armée soviétique en Afghanistan (1979 à 1989). Ils l’ont également utilisé avec succès contre les troupes américaines et de l’OTAN (2001-2021).

En effet, si l’on suit de près la situation en Israël, le monstre sioniste est déjà à genoux. Son économie subit des pertes financières insoutenables, son armée est essoufflée et démoralisée, des centaines de milliers d’Israéliens auraient déjà quitté le pays, la solidarité sociale s’effondre et le mythe selon lequel Israël peut vivre en sécurité a été définitivement brisé.

Dans ces conditions, et de manière parfaitement irrationnelle, les néoconservateurs américains et les Israéliens cherchent à provoquer une guerre régionale tous azimuts en tant que leur dernière chance de survie. « Après moi, le déluge, » peut-on lire dans leur état d’esprit. Les Iraniens et leurs alliés ne sont évidemment pas intéressés dans une telle guerre, même s’ils sont capables de la gagner et de remodeler entièrement le paysage politique au Moyen-Orient, car une telle guerre ferait des millions de victimes et des dégâts économiques également monstrueux dans toute la région et même au-delà. Ils n’ont pas besoin d’une guerre majeure pour arriver à leurs fins, parce qu’ils sont du bon côté de l’histoire. Ils font et feront donc tout pour l’éviter. Prions pour que la Providence nous préserve d’une guerre totale, qui aura sans aucun doute le potentiel de se transformer aisément en une guerre mondiale.

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