L’attentat contre Trump ou lorsque l’histoire se répète

Les évènements ainsi que les personnalités historiques se répètent deux fois. Cette affirmation, popularisée par Marx, appartient au célèbre philosophe allemand Hegel.

Je ne peux pas m’empêcher de voir une forte similarité entre l’assassinat du président Kennedy et l’attentat récent contre Trump. Dans les deux cas, ces personnalités hors du commun ont été perçues comme une menace sérieuse aux intérêts d’une certaine élite économique, notamment, celle liée au complexe militaro-industriel et de l’Establishment ou de l’État profond (Deep State), incarné par une nébuleuse de structures et de fonctionnaires non élus, de nature quasi mafieuse et détenant le pouvoir étatique réel aux États-Unis. Kennedy a été qualifié de traître avant son assassinat, tandis que Trump est accusé d’un nombre interminable de délits, notamment dans le cadre de procédures judiciaires, par l’Establishment. Trump est présenté par le président en fonction comme une « menace existentielle » à la démocratie américaine ou à l’Amérique elle-même. Dans les deux cas, la sentence qui devrait logiquement suivre une telle accusation est la mort.

L’attentat contre Trump a été immédiatement présenté par tous les grands médias de masse comme le fait d’un tireur isolé. Comment ont-ils su dès la première heure qu’il s’agissait de l’acte d’un tireur isolé ? Est-il possible qu’une affaire d’une telle ampleur ou gravité puisse être le fait d’une seule personne, sans qu’elle ait bénéficié d’un encadrement professionnel et idéologique ainsi que d’un soutien organisationnel, logistique et autre ? L’attentat semble avoir été organisé minutieusement et de manière très professionnelle. Le fait que la balle a raté sa cible est simplement un miracle. Trump n’avait absolument aucune chance d’y survivre s’il n’avait pas tourné la tête juste avant que la balle ne l’atteigne. On pourrait métaphoriquement dire que son ange gardien lui a sauvé la vie. Aucune minimisation des faits n’est permise dans ces circonstances.

L’attentat fera bien sûr l’objet d’une enquête de la part des autorités américaines, celles-là même qui l’accusent d’une infinité de délits dans le but de l’empêcher de devenir le futur président des États-Unis. Le résultat de l’enquête est connu d’avance : Un acte d’un tireur isolé, sans complicité d’un tiers.

L’on a également évoqué la possibilité que l’attentat soit orchestré par l’Ukraine ou l’Iran. La première hypothèse est présentée parce que que l’Ukraine y aurait un intérêt, vu que Trump a ouvertement déclaré qu’il obligerait l’Ukraine de négocier la paix avec la Russie s’il était élu président. La deuxième est également une diversion, parce que Trump a ordonné l’assassinat du général iranien Qassem Suleimani en 2020, lorsqu’il était président des États-Unis. Ces deux hypothèses étant manifestement absurdes, elles ne méritent pas d’être étudiées en profondeur.

Trump est en ce moment aux États-Unis la personne qui représente la menace la plus sérieuse aux intérêts d’une certaine élite américaine et de l’Establishment qui gouverne l’Amérique dans l’intérêt de cette élite (cf. Donald Trump et les autres candidats présidentiels). Son élection n’est pas acceptable pour l’Establishment dont certains composants semblent ne reculer devant rien.

Si Trump est empêché de devenir le futur président des États-Unis, parce qu’il est assassiné ou emprisonné ou d’une autre manière, le pays ira droit à la guerre civile. En effet, alors que l’assassinat de Kennedy n’a pas eu de conséquences considérables, l’empêchement éventuel de Trump aura des conséquences très graves pour les États-Unis, car les circonstances historiques ont radicalement changé entre-temps. L’élite dirigeante n’a plus le monopole de l’information grâce à l’Internet et aux réseaux sociaux, qui constituent des sources d’information alternatives et plus authentiques que les médias traditionnels. Or, la perte du monopole de l’information est aussi la perte du contrôle idéologique, et donc politique, sur les masses populaires. Sans ce contrôle, une minorité au pouvoir ne peut pas gouverner une majorité populaire. Contrairement à ce que l’on peut penser, ce n’est pas par la force brute de l’État qu’une élite gouverne un peuple mais par l’emprise idéologique qu’elle exerce sur le peuple. En d’autres termes, l’élite dirigeante continue à gouverner aussi longtemps qu’elle est perçue comme légitime par les masses populaires. Or, la légitimité ne va pas de soi mais est généralement fabriquée de toutes pièces. Ici, l’exemple de la Corée du Nord pourrait être illustratif. Ce pays est notoire pour sa persécution de toute dissidence politique. En cela, le gouvernement bénéficie d’une large collaboration de la population. Pour obtenir cette coopération, le gouvernement ne peut pas compter uniquement sur la peur qu’il inspire à la population, mais doit plutôt la contrôler idéologiquement et obtient ainsi la coopération voulue.

Les États-Unis ne sont pas non plus sur la voie ascendante comme à l’époque de Kennedy. Bien qu’ils soient toujours perçus comme la seule superpuissance du monde, ils se situent, d’après mon appréciation, loin dernière la Chine en termes de puissance économique réelle. Le centre de l’économie mondiale s’est déplacé aujourd’hui clairement en Chine et en Asie, et ne se trouve plus aux États-Unis. Sur le plan militaire, l’Amérique ne peut plus gagner une guerre majeure hors de son territoire pour de nombreuses raisons de nature économiques, démographiques, militaires, technologiques, etc. Les États-Unis sont une superpuissance économique en déclin, ce qui a un impact négatif non pas sur l’élite dirigeante du pays, mais sur sa population, dont le niveau de vie ne cesse de baisser depuis plusieurs décennies. Cela détourne les populations de l’élite dirigeante au profit de forces et personnalités politiques qui veulent changer le système, comme Trump. Cela explique en partie le soutien populaire sans précédent pour ce dernier.

Comme je l’ai dit dans mon article Donald Trump et les autres candidats présidentiels, Trump est le moins mauvais des candidats présidentiels pour les États-Unis ainsi que pour la paix dans le monde. S’il gagne l’élection présidentielle, les États-Unis en tant que pays seront gagnants, mais pas l’Establishment qui ne se laissera certainement pas faire. S’il perd pour une raison ou une autre, les États-Unis se dirigeront vers une guerre civile ou vers un État fasciste si l’Establishment sort gagnant de la lutte. En effet, l’état actuel de l’Amérique s’apparente à un cancer insidieux et généralisé auquel, paradoxalement, son succès a bien contribué. Le succès peut être aussi dangereux que l’échec, disait l’ancien sage Lao Tseu. Elle est profondément fracturée, y compris au niveau de sa classe politique. La guerre civile vient toujours par le haut, quand la classe politique est profondément divisée, disait Platon. Quel que soit le remède, il sera amer pour le pays.

Une réflexion sur “L’attentat contre Trump ou lorsque l’histoire se répète

  1. Ping : Trump n’est pas un va-t-en-guerre, contrairement à ce que certains pourraient penser – Vivre avec philosophie

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