L’Union européenne n’existera probablement pas dans dix ans

Je tiens à préciser d’emblée que je n’ai rien de personnel contre l’Union européenne. Moi-même l’ai considérée durant assez longtemps comme un exemple de coopération entre les peuples. J’ai néanmoins changé d’avis en raison des arguments tirés de l’histoire et de ce que je constate par moi-même au quotidien, étant convaincu que l’histoire a ses lois et que celles-ci sont valables partout, aucun peuple ou aucune fédération de peules, ni aucune civilisation ne pouvant y échapper. Dans le présent article, je me limite à démontrer mes conclusions via une comparaison rapide avec l’Union soviétique, une fédération de peuples que j’ai observée avec intérêt, tout autant que l’Union européenne. Je me limiterai à ce seul exemple pour pourvoir exposer le sujet aussi simplement et clairement que possible.

L’on pourrait me rétorquer que ces deux constructions supranationales ne sont pas comparables. Je laisse le lecteur se poser cette même question une fois qu’il aura lu cet article jusqu’à la fin. Il verra que, malgré les différences évidentes entre les deux entités supranationales et les circonstances historiques dans lesquelles elles sont nées et ont évolué, la logique interne propre est très similaire dans les deux cas.

L’Union soviétique a été créée à la suite de la Révolution bolchévique de 1917, à la place de l’empire russe qui englobait encore plus de territoires et de peuples. La Finlande et la Pologne, par exemple, en faisaient partie. Lénine et ses compagnons avaient comme dessin de créer une union libre des peuples, basée sur une identité commune nouvelle. Cette identité devait émerger avec la création de l’homme nouveau, c’est-à-dire l’homme communiste. Les Bolchéviques étaient convaincus que l’homme est une tabula rasa, comme une feuille blanche sur laquelle l’on peut écrire ce que l’on souhaite, et peut ainsi être éduqué et remodelé selon les références du pouvoir totalitaire. Cela correspondait d’ailleurs aux théories dominantes de l’époque, notamment en philosophie ou en psychologie. Cette vision n’a pas disparu de nos jours, car pratiquement tous les gouvernements, les idéologies postmodernes et les systèmes éducatifs modernes en sont toujours convaincus. Cette vision ignore totalement le fait que l’homme possède sa nature humaine propre innée, est conduit par le sens de la liberté qui fait partie de sa nature humaine et ne peut pas être remodelé de manière arbitraire, via l’éducation par exemple, pour les besoins du pouvoir ou du marché du travail notamment. L’Union soviétique a totalement échoué dans son entreprise, l’homme soviétique n’a pas vu le jour et les identités nationales et ethniques lui ont survécu.

L’Union européenne est un projet politique similaire qui est basé sur la même supposition, c’est-à-dire que l’homme n’a pas de nature humaine propre et peut donc être manipulé, remanié et remodelé. A partir de là, l’on peut également mélanger les peuples, saper leurs identités historiques et culturelles et les dissoudre dans une identique commune crée artificiellement, en l’occurrence l’identité européenne « supérieure. » Les 4 libertés de circulation, piliers de l’Union, visent ultimement cet objectif.

Cela ne veut cependant pas dire que l’Union européenne est une construction fantaisiste. Ce n’était pas le cas non plus de l’Union soviétique. Aucune fantaisie politique ne peut durer suffisamment longtemps pour qu’elle puisse être prise au sérieux. Des circonstances historiques concrètes ont préparé le terrain dans les deux cas. Ces circonstances socio-historiques étaient dans les deux cas le résultat des mêmes évènements : la Première et la Deuxième Guerres mondiales. La première a créé des condition favorables à la Révolution bolchévique et donc à la création de l’Union soviétique et la seconde a créé des conditions favorables à la réalisation de l’idée d’une Europe fédérée, qui d’ailleurs existait déjà depuis des décennies avant même que la Communauté européenne du charbon et de l’acier ne voit le jour en 1951.

L’Union soviétique a prospéré économiquement et politiquement durant quatre ou cinq décennies avant de connaître une stagnation économique irréversible durant deux ou trois décennies précédant son effondrement, alors qu’en même temps, l’Occident continuait à prospérer économiquement et pouvait ainsi offrir à ses populations des libertés et des standards de vie incontestablement plus intéressants. Les populations soviétiques voyaient tout cela et ont perdu la foi dans leur système politique et économique incapable de se réformer.

L’économie de l’Union européenne est en stagnation depuis la crise financière de 2008/2009. Avant cette crise, la taille de son économie était la même que celle des États-Unis, mais elle y est aujourd’hui inférieure d’environ un tiers. Comme l’Union soviétique à l’époque, l’Union européenne n’est plus un lieu d’innovation, d’investissement ou de prospérité. Personne ne peut aujourd’hui envisager sérieusement un avenir économique prometteur pour l’Union européenne. Les standards de vie des populations diminuent constamment et la confiance des populations dans les institutions de l’Union tendent vers le zéro. Seule une élite européenne y croit encore.

L’Union soviétique avait perdu la force de son idéologie fondatrice avec le temps. Les fondateurs de l’Union soviétique croyaient sincèrement au communisme et à la possibilité de créer une société nouvelle, l’homme nouveau et une fédération des peuples libres. Or, les instincts naturels de pouvoir et les avantages qui y sont liés, sous forme du chauvinisme russe notamment, ont repris le dessus avec le temps. D’une fédération « libre » des peuples, l’Union soviétique s’est transformée en une fédération assurant la domination russe et fonctionnant comme un empire où il était devenu difficile de respirer pour les peuples qui la composaient. Cela ne pouvait que conduire à un ressentiment populaire tel que le jour où Moscou a lâché les ficelles de l’empire, tout l’édifice soviétique s’est effondré avec fracas.

La même logique interne sape les fondements de l’Union européenne aujourd’hui. Pourtant, celle-ci a été perçue comme un pilier de la paix et de la prospérité en Europe durant 5 décennies. Les idéologues fondateurs du projet européen y croyaient. L’histoire fonctionnant cependant toujours selon sa propre logique, ici également les instincts naturels de puissance et de profit ont repris le dessus sur les considérations paneuropéennes initiales. La crise de 2008 et 2009 a définitivement tué la solidarité européenne, alors que Bruxelles fonctionne comme le capital d’un empire qui règne à coup de règlements, de directives et de décisions de nature contraignante, pris de manière peu démocratique et ayant un impact jusque dans les moindres détails de la vie quotidienne des Européens, alimentant le ressentiment populaire. C’est précisément la raison pour laquelle l’Union européenne trébuchera, car aucun empire dans l’histoire ancienne – perse, romain, chinois ou autre – n’était allé si loin, se contentant de s’assurer de l’essentiel, à savoir la sécurité de l’empire, les communications et les impôts. Les peuples des anciens empires vivaient selon leurs lois et coutumes, traditions et religions. Cela réduisait considérablement le potentiel pour le ressentiment.

Comme en Union soviétique à la fin de sa vie, les idées fondatrices de l’Union européenne ont perdu leur appel moral et ne séduisent plus personne. Seuls probablement quelques peuples de l’Europe de l’Est y voient encore un intérêt, essentiellement pour des raisons économiques. Or, sans une base idéologique solidement établie, une construction supranationale de telle ampleur comme l’Union européenne ressemble à un corps ans âme. Aucune fédération de peuples ne peut être construite sans une grande idéologie rassembleuse.

L’un des signaux précurseurs de la chute d’un empire est qu’il commence à prendre des décisions intenables, amorales et en contradiction flagrante avec la réalité. Dans le cas de l’Union soviétique, il s’agissait, par exemple, de l’invasion de l’Afghanistan pour aider le gouvernement communiste du pays à survivre à la guerre civile qu’il avait lui-même provoquée. Cette intervention absurde a eu un coût économique et politique si important pour l’Union soviétique qu’il a significativement contribué à son effondrement une décennie plus tard. En particulier, l’Union soviétique n’a jamais été aussi isolé sur le plan international qu’après l’invasion de l’Afghanistan. Aujourd’hui, l’Union européenne conduit une politique économique en faillite, alimente en toute absurdité la guerre d’Ukraine et est ouvertement complice du génocide commis par Israël contre les Palestinien. Les coûts économiques, politiques et moraux de ces deux guerres à elles seules seront plus grands pour l’Union européenne que ceux de la guerre d’Afghanistan pour l’Union soviétique. Bien que personne ne peut mesurer la cadence de l’horloge de l’histoire – qui connaît des phases lentes et des phases d’accélération -, la comparaison avec l’Union soviétique me fait croire que l’Union européenne ne survivra pas aux dix prochaines années.

En effet, l’Union européenne n’est plus un pilier de la paix ni celui de la prospérité en Europe, bien au contraire. Elle participe aux guerres terrifiantes, y compris sur le continent européen. En cela et d’une manière générale en politique étrangère, y compris dans sa politique commerciale, elle suit les instructions de Washington. Ses dirigeants sont moralement corrompus, intellectuellement médiocres et psychologiquement faibles. Son économie diminue depuis 15 ans et ses entreprises se délocalisent en Chine, aux États-Unis et ailleurs dans le monde. Ses populations commencent à voter massivement pour l’extrême droite, qui ne fera qu’accélérer la chute de l’Union, vu son potentiel pour la discorde et le fascisme.

L’Union n’a guère d’attrait à l’étranger non plus. La Turquie, qui souhaitait ardemment adhérer à l’Union il y a 15-20 ans, y voit à présent une alternative plus intéressante, à savoir les BRICS. La Russie qui durant des siècles regardait l’Europe occidentale comme un standard à suivre y tourne définitivement le dos au profit de l’Asie. Même pour un pays comme la Suisse, qui est entièrement entourée de pays de l’Union, le rapprochement envisagé avec l’Union n’est pas une bonne chose.

L’Union européenne a vécu son temps. Elle est le vestige d’un ordre international qui a été mis en place sous la tutelle américaine après la Seconde Guerre mondiale. Si elle fonctionne encore c’est sûrement grâce la loi d’inertie. Son erreur existentielle a été de passer d’une zone économique à une union politique. La grande question est à présent de savoir quand elle s’effondrera et comment cela se passera. Se transformera-t-elle en une zone économique de libre échange intégrant l’Europe et le continent asiatique, ce qui pourrait être le meilleur issu ? Espérons que le continent européen trouvera de bons dirigeants politiques et la bonne voie qui lui assureront les meilleures chances pour une transition sans trop de casse.

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