Guerre en Ukraine – Un autre point de vue

Cette terrible guerre ne peut laisser personne indifférent sur le continent européen. La raison en est évidente : elle a, à présent, l’allure d’une guerre civile européenne. Pour essayer de la comprendre, il est avant tout nécessaire d’interpréter correctement les faits et de s’assurer que le raisonnement est cohérent. C’est ensuite que des conclusions peuvent être faites. Je me livre à cet exercice en posant quelques questions et en essayant d’y répondre.

Est-il vrai que la guerre en Ukraine a commencé en février 2022, à la suite de l’agression de la Russie contre l’Ukraine ?

L’Ukraine a connu une guerre civile à la suite de la révolution de Maïdan en 2014, qui, selon une partie des historiens et autres observateurs, était un coup d’État orchestré par les États-Unis d’Amérique. Le fait est que le peuple ukrainien a été divisé à tel point qu’une guerre civile s’est déclenchée depuis lors. Dans ce contexte, l’intervention russe, quel qu’en soit le prétexte, n’était pas une totale surprise. Elle avait été redoutée par de nombreux spécialistes. L’agression militaire russe, dans le contexte d’une politique agressive des États-Unis et de ses alliés de l’Otan contre la Russie, a donné une nouvelle dimension à la guerre civile ukrainienne. Celle-ci s’est transformée en un conflit ouvert international, qui implique indirectement les pays de l’Otan et qui a le potentiel d’impliquer la Chine et d’autres pays en faveur de la Russie.

Avec un PIB moindre que l’Italie, doit-on considérer la Russie comme un pays faible ?

Sous-estimer son adversaire peut se révéler une erreur fatale. En observant la Russie ces derniers siècles, l’on constate que ce pays a toujours été considéré comme un pays arriéré et faible parmi les grandes puissances européennes. Pourtant, elle a gagné de nombreuses guerres ou en est sortie toujours plus forte. Prenons les deux exemples les plus édifiants : Les deux Guerres mondiales, dont la Russie était partie prenante. La première a donné naissance à l’Union soviétique, une entité encore plus puissante que la Russie impériale qui l’avait précédée, et la seconde a transformé l’Union soviétique, qui était jusque-là une grande puissance européenne, en une superpuissance militaire et économique mondiale.

Certes, la Russie est un pays pauvre aux standards occidentaux, mais elle a un potentiel économique énorme, découlant de son immense territoire, de ses ressources naturelles abondantes et de la taille importante de sa population extrêmement résiliente face aux aléas de la vie. Contrairement à l’Europe occidentale, qui est fort vulnérable en raison de ses besoins en matières premières et en énergie, la Russie est largement autosuffisante. Ma conviction profonde est qu’elle survivra à toute guerre comme c’était le cas ces derniers siècles.

L’armée russe est la deuxième armée la plus forte en Ukraine ! Vraiment ?

C’est étonnant que des généraux de l’Otan fassent de telles assertions. J’espère qu’ils n’y croient pas réellement. L’armée russe n’a pas participé à des guerres aux quatre coins du monde, contrairement à l’armée américaine. Elle n’est simplement pas entraînée. Elle a des défauts habituels inhérents à toute armée. Le soldat russe est un excellent soldat et peut mourir autant de fois qu’il le faut. Et cela n’a jamais rien changé à la politique du Kremlin.

La guerre et les sanctions économiques occidentales vont-elles isoler et ruiner la Russie et y conduire à un changement de régime, souhaité par l’Occident ?

Il n’est pas raisonnable de prendre ses désirs pour la réalité. Le peuple russe n’a pas pour habitude de se soulever contre le « Tsar », qui est largement considéré comme une figure paternelle au-dessus de toute critique, quelles que soient les difficultés rencontrées.

La guerre en Ukraine peut, au contraire, entraîner l’armée russe et rendre plus résiliente l’économie russe. Que de mieux qu’une guerre pour une armée, pour qu’elle entraîne ses muscles, ou pour une économie pour se restructurer plus rapidement et plus profondément ? On ne doit donc pas exclure la possibilité que la guerre en Ukraine puisse de nouveau transformer la Russie en une superpuissance mondiale. Vu l’agressivité avec laquelle les États-Unis et leurs alliés de l’Otan écrasent militairement et/ou économiquement tout pays qui peut potentiellement les menacer ou les défier économiquement ou politiquement, la Russie pourrait même devenir un leader pour beaucoup de pays en dehors du camp occidental.

La Chine peut-elle lâcher la Russie pour une raison ou une autre ?

Même si la Chine a eu une politique réservée face au conflit ukrainien jusqu’à présent, elle ne peut pas lâcher la Russie. En effet, les États-Unis considèrent la Chine, la superpuissance émergeante, comme la plus grande menace pour leur domination sur le monde. Addicts à l’emploi de la force, aux sanctions et aux menaces, ils provoquent et menacent constamment la Chine. Le fait que le gouvernement américain et l’Otan soient entrés en conflit ouvert avec la Russie ne peut que réjouir la Chine. Tout cela provoquera vraisemblablement la naissance d’un bloc économique et militaire intégré très puissant, centré sur la Chine, incluant la Russie, les pays de l’Asie centrale, l’Iran, etc. La guerre en Ukraine a donc le potentiel de catalyser le déclin de la puissance américaine et de l’Occident et la montée de la Chine et de l’Asie.

La Russie peut-il utiliser les armes de destruction massive ?

Non, la Russie ne peut pas utiliser de telles armes, qui ne sont pas faites pour une telle guerre. Par ailleurs, l’utilisation des armes nucléaires est inadmissible, quelles que soient les circonstances. Les Russes le savent, et il est naïf de les prendre pour des fous ou de les croire incapables de prévoir les conséquences de leurs actes et décisions. Ce sont malheureusement les médias de masse de tous bords et des pseudo-spécialistes, qui nous bombardent d’informations anxiogènes et inexactes, dans le but de nous manipuler. Cela dit, nous vivons sous la menace d’une guerre nucléaire depuis que les armes nucléaires existent et vivrons ainsi aussi longtemps que les États produisent, possèdent et développent de telles armes. Seul un désarmement général peut nous débarrasser de cette malédiction.

La Russie peut-elle gagner la guerre contre l’Ukraine ?

On ne peut pas asservir un peuple qui ne veut pas être asservi. Combien d’historiens et de philosophes ont fait ce constat tout le long de l’Histoire. Pourtant, les gouvernements n’ont apparemment que très rarement compris ce fait. Les États-Unis ont, les 30 dernières années, participé à une centaine de guerres dans le monde. Ont-ils vraiment gagné une seule de ces guerres ? Les seuls gagnants étaient ceux qui profitent du complexe militaro-industriel américain. Ni les États-Unis en tant que pays ou peuple ni aucun des pays qui ont subi les guerres n’ont été gagnants. En revanche, ces guerres étaient une pure abomination pour les populations qui en étaient les victimes.

La Russie ne peut pas asservir les Ukrainiens si tel est son objectif, car ces derniers ne veulent décidément pas vivre sous le joug russe.

L’Ukraine peut-il gagner la guerre ?

La guerre est en train de projeter l’Ukraine à l’Âge de la pierre, détruisant d’une manière ou d’une autre des générations entières de sa population, ainsi que les infrastructures économiques du pays. Même si le gouvernement ukrainien récupère les territoires annexés par la Russie, et ce serait plutôt un miracle s’il y parvient, l’Ukraine resterait toujours en guerre civile contre une partie de sa propre population. Elle ne pourra donc pas gagner la guerre par les moyens militaires.

La vérité est que ni la Russie, ni l’Ukraine ne peuvent gagner la guerre. Chacune peut se contenter de quelques victoires sur le champ de bataille, mais la solution au conflit ne peut pas être obtenue par des moyens militaires.

Mais alors y a-t-il une solution ?

Seules des solutions négociées peuvent apporter une paix durable en Ukraine et en Europe. Pour rappel, le principe d’autodétermination des peuples, qui consiste à ce que chaque peuple puisse déterminer librement son régime politique et la forme de son gouvernement, sans contrainte étrangère, considéré comme un principe impératif du droit international et inscrit dans la Charte des Nations-Unies, peut servir de base juridique et politique pour la solution de la Guerre civile en Ukraine. Il est valable tant pour l’Ukraine dans sa totalité que pour ses parties. En d’autres-mots, il existe des solutions politiques au conflits, mais ce qui manque c’est la volonté politique de part et d’autre. C’est d’ailleurs ce manque de volonté politique, qui a conduit à la situation désastreuse actuelle, qui était pleinement évitable.

Que peut faire l’Europe occidentale ?

L’Europe va certainement continuer sa politique de l’autruche, comme elle a fait jusqu’à maintenant. A voir sa réaction molle et éphémère aux actes de sabotage de Nord Stream, une infrastructure majeure européenne d’énergie, il m’est impossible d’espérer mieux. Elle n’a pas voulu voir ou avouer qu’elle a été entrainée depuis des décennies dans des guerres criminelles par les États-Unis, au détriment de ses propres intérêts nationaux. Elle n’a notamment pas voulu voir venir la guerre d’Ukraine. Aujourd’hui, elle subit de plein fouet les conséquences économiques et politiques de cette guerre, ce qui pourrait provoquer ou accélérer des bouleversements politiques majeurs au sein des pays européens. L’Europe de demain pourrait ressembler à une Europe apeurée, paralysée, cloisonnée, autoritaire et désolidarisée que nous avons connue pendant la première vague de la pandémie de Covid-19 en 2020. Contrairement à la situation en 2020, elle n’aura probablement pas les moyens financiers et politiques d’y faire face. Bien que son influence soit marginale sur la guerre en Ukraine, elle peut néanmoins contribuer à une solution politique du conflit, notamment en s’abstenant d’alimenter la guerre. Malgré ses cohortes de malheurs, une guerre peut aussi être salvatrice pour un pays ou un continent. Tout dépend de l’attitude que l’on adopte à son égard.[1]


[1] Comme tout individu je peux me tromper dans mes opinions et donc changer de point de vue avec le temps. Je fais par conséquent appel au sens critique du lecteur.