Comment faire ses choix sans jamais les regretter

Ne jamais regretter ses choix peut sembler très ambitieux, car tout choix comporte un potentiel important pour l’erreur. L’erreur est humaine, dit l’adage. Elle est souvent due au fait que nous sommes confrontés à des situations incertaines, changeantes, incomplètes, voire adverses, dans lesquelles il est difficile de prendre de bonnes décisions, car nous n’avons pas de vue d’ensemble et manquons les informations essentielles.

Nous ne prenons pas nos décisions de la même manière que les espèces animales non dotées d’une forme de conscience développée ni de la liberté de choix. Dans la nature tout est déterminé (ou prédéterminé), ce qui ne laisse pas de place au choix. Or, bien que nous fassions partie de la nature, nous avons la liberté de choix et, pour cette même raison précisément, avons la responsabilité de nos actions ou de notre inaction. Cette liberté a été « arrachée » à la nature au cours de l’évolution. En réalité, nous ne vivons pas complètement dans la nature ; nous nous en sommes éloignés en nous construisant un environnement de vie artificiel, en quelque sens « superposé » à la nature, par l’activité collective de toute l’humanité. Nous vivons pour ainsi dire à l’orée de la nature, comme le disait bien le philosophe britannique contemporain Roger Scruton.

Pour ne pas regretter un choix, il faut qu’il ne soit déjà pas erroné. J’utilise ici le mot erreur dans le sens d’une décision ou d’une omission, dont le résultat n’est pas celui auquel nous nous attendions et qui a le potentiel pour les regrets ou qui peut conférer un sentiment de culpabilité. L’erreur pourrait découler du fait que nous avons pris pour vrai ce qui était faux ou que nous nous sommes simplement trompés dans nos calculs et raisonnement.

Par ailleurs, le regret et la culpabilité sont salvateurs pour nous-mêmes et bénéfiques pour la société, car ce sont des moyens psychologiques puissants, dont la nature nous a dotés et qui nous conduisent à corriger les conséquences de nos choix et à faire des choix meilleurs pour l’avenir. Ici, je ne parle pas de sentiments de regret ou de culpabilité persistants et démesurés ou sans rapport réel avec les faits ou qui sont une conséquence des faits ou des choix des autres personnes, qui peuvent être de nature pathologique et nécessiter des moyens thérapeutiques appropriés.

Nous voulons naturellement que nos choix ne soient pas erronés. Par conséquent, nous nous nous efforçons d’agir de manière rationnelle, ce qui veut dire de manière réfléchie, en prenant en compte non seulement nos propres intérêts personnels, mais aussi et dans la mesure du possible ceux des autres personnes (nos proches, collègues, partenaires, etc.). Ici, l’intérêt doit être compris dans son sens le plus large et non uniquement dans un sens matériel. Il peut s’agir de tout intérêt légitime : matériel, moral, intellectuel, etc. Or, malgré tous nos efforts, nous ne sommes pas toujours satisfaits de nos choix, qui ont aussi un effet direct et puissant sur l’estime que nous avons de nous-même ou sur la confiance que nous nous accordons.

La question n’est cependant pas d’éviter toute erreur. Vouloir le contraire relève du domaine de l’impossible, car nous commettons des erreurs du matin au soir, mais sans qu’elles portent à conséquence. Dans ce dernier cas, nous pouvons tout au plus limiter et minimiser le potentiel pour les erreurs en adoptant de bonnes habitudes.

Il s’agit en revanche d’éviter des erreurs graves, qui peuvent entraîner des conséquences sérieuses et irréparables pour nous-mêmes et/ou pour d’autres personnes.

L’expérience de la vie montre que le simple fait de vouloir faire de bons choix ne suffit pas. Même les gens très intelligents peuvent faire des choix aux conséquences désastreuses. De telles erreurs sont communément attribuées au caractère personnel, à l’état psychique diminué de l’individu, à des circonstances difficiles, au manque d’information, etc. On peut en trouver des exemples dans tous les domaines de la vie, mais les choix les plus désastreux et affectant le plus grande nombre de personnes relèvent des décisions politiques. Pour preuve, il suffit de jeter un coup d’œil aux livres d’histoire.

Il ne suffit donc pas d’être intelligent et de faire des choix rationnels pour qu’ils ne soient pas erronés. L’intelligence de l’individu est souvent considérée comme sa capacité à comprendre, à calculer et à raisonner, à proposer de bonnes solutions, etc. Jamais dans l’histoire de l’humanité, les gens n’étaient aussi bien instruits qu’actuellement, bénéficiant de l’accès quasi universel à l’école, ainsi qu’aux technologies et autres moyens de formation et d’information sans précédent. Or, rarement dans l’histoire les sociétés humaines et les individus étaient aussi « bêtes » qu’ils ne le sont actuellement, manipulés et conduits comme des troupeaux de bétail par les gouvernements ou par des acteurs privés puissants. Comment comprendre ce paradoxe ?

Nous devons certainement redéfinir l’intelligence (ou la rationalité) lorsqu’il s’agit de la liberté de choix de l’individu, en le subordonnant aux valeurs morales comme critères ultimes. Ainsi, l’intelligence et son contraire, la bêtise, deviennent des notions morales.

L’image suivante est une illustration des valeurs morales qui doivent déterminer nos choix et qui serviront de critères pour mesurer le degré d’intelligence d’un individu ou d’une société.

Cette image prend sa source dans la philosophie de Platon, l’un des plus grands penseurs de tous les temps. Elle indique trois cercles représentant des valeurs fondamentales de l’humanité, dont le respect permet d’agir avec certitude en toutes circonstances, sans la crainte de commettre une erreur ou d’avoir des regrets par la suite.

Le cercle au centre de l’image indique la vérité comme principe fondamental et central de l’existence d’un individu et d’une société humaine. La vérité est à la portée de tout être humain doté de discernent. Elle n’implique pas forcément une capacité intellectuelle sophistiquée, et n’est donc pas un domaine réservé à une élite intellectuelle. Cependant, elle implique la volonté de chercher à connaître la vérité et de suivre ce qui est considéré comme vrai comme base de tout raisonnement, choix et activité. Or cette volonté nous manque cruellement dans les société modernes contemporaines et cela explique l’état sinistré de l’individu et les problèmes et dangers de toutes sortes créés par l’économie, la politique et les technologies auxquels nous sommes confrontés, sans espoir réel de pouvoir nous en sortir. C’est aussi pour cette raison que je pense que nos sociétés modernes sont plus bêtes que celles qui nous ont précédées. Et tout cela ne présage rien de bon pour notre avenir.

La philosophie, la science et la religion sont toutes en quelque sorte des institutions sociales qui ont pour objet la recherche de la vérité. Chacune opère dans son domaine et ne peut prétendre à l’exclusivité. Ainsi, par exemple, la science peut expliquer la matière ou la nature et fournir des technologies pour améliorer matériellement notre vie. En revanche, la spiritualité et l’éthique – qui relèvent à la fois de la philosophie et de la religion – lui échappent totalement. La science ne peut non plus contribuer à notre perception de la beauté, ni nous dire comment gérer une société. Toute tentative, par exemple, de fonder les décisions politiques exclusivement ou principalement sur la science, y compris la science politique, ne peut être qu’un échec cuisant. On constate de tels échecs dans la gestion de deux chocs récents, la pandémie causée par le Coronavirus et la guerre en Ukraine.

Le deuxième cercle de l’image concerne la beauté, une magie mystérieuse des formes et des couleurs perçue ou reproduite par nos sens et notre esprit. Elle illumine notre vie, nous élève au-dessus de notre nature animale, nous incite à la vertu, nous donne du courage et de l’espoir. Elle constitue probablement le dernier rempart contre la barbarie de notre époque.

Quant à l’éthique, elle est le fondement de toute cohabitation sociale. C’est un point que les sociétés modernes n’ont apparemment jamais compris, car elles misent tout sur la manipulation de masse, le contrôle et la répression. L’éthique est le fondement d’une vie heureuse pour un individu et d’une vie harmonieuse pour une société. Elle consiste à traiter avec amour ses proches et avec compassion, bienveillance et honnêteté les étrangers. Elle bannit la cruauté et le mensonge. Bien que systématisée et raffinée dans des concepts philosophiques ou religieux, l’éthique prend sa source dans les sens innés de fraternité et de justice, matérialisés par des pratiques millénaires des sociétés humaines. Elle est cependant fortement marginalisée dans les systèmes sociaux, politiques et juridiques modernes.

Nous avons besoin de ces valeurs fondamentales, imagées par les trois cercles, pour faire des choix justes et vivre sans regrets, quelle que soit notre place dans la société. Il suffit pour chacun d’observer son expérience personnelle passée pour trouver la preuve de ce qui est dit ici. En ce qui me concerne personnellement, les choix que je n’ai jamais regrettés sont ceux que j’ai faits consciemment, en écoutant mon cœur et dans le souci de la vérité.