Nous devons accepter le fait que la vie est essentiellement faite de souffrances. Il en va ainsi pour toute l’humanité. C’est la première étape pour vaincre nos traumatismes, le stress ou encore nos peurs ou désarrois face à une multitude de situations difficiles que nous vivons quotidiennement. Il ne s’agit pas là d’adopter une attitude fataliste face aux aléas de la vie, mais d’examiner les choses de manière éclairée et avec compassion pour nous-mêmes et pour les autres.
La nature nous a dotés de la faculté de distinguer ce que nous pouvons changer de ce que nous ne pouvons pas changer. Il y a ainsi des choses ou évènements qui sont inévitables, nécessaires ou des faits accomplis. Nous devons nous y résigner ou nous y soumettre. Par exemple, nous n’avons pas choisi de venir au monde ou le statut que nous avons dans la société. Nous ne pouvons pas toujours réussir ce que nous désirons, ou éviter ce que nous ne voulons pas ou qui nous porte préjudice. Nous ne pouvons pas dire raisonnablement que nous ne serons jamais concernés par une maladie grave, un accident, une séparation, un échec professionnel ou un autre fléau. Beaucoup parmi nous connaissent déjà une ou plusieurs de ces situations. Nous vivons aussi dans une incertitude continuelle, ce qui est une source d’angoisse permanente. En acceptant les souffrances, nous nous préparons à mieux les affronter.
Lorsque nous vivons des situations difficiles, nos traumatismes, craintes, incertitudes, regrets, colères et autres émotions négatives surgissent et forment une sorte de brouillard épais, qui nous enveloppe et nous empêche de voir clairement. Nous avons l’impression que les gens sont hostiles, mauvais ou méchants, que les choses ne peuvent pas être changées, que notre vie est un échec ou encore que celle-ci a perdu son sens. Nous pouvons aussi être pris d’une sorte de paralysie, nous empêchant de prendre des décisions et/ou d’aller de l’avant. Nous tombons dans ce cercle vicieux, parce que nous sommes sous l’emprise de nos pensées et émotions négatives. Celles-ci pourraient résulter de nos choix malheureux, de nos mauvaises habitudes, des problèmes de santé, des traumatismes, etc. Nos idées négatives peuvent ainsi être liées à la réalité de notre vie présente ou passée, mais elles n’en sont en aucun cas un simple reflet. Elles se forment et se comportent comme si elles avaient une existence autonome non seulement par rapport à la réalité extérieure, mais aussi par rapport à nous-mêmes. Elles ressemblent, pour simplifier les choses, à une sorte de programmes informatiques d’origine mystérieuse, qui s’alimentent sournoisement de la réalité mais aussi de nos peurs et désirs cachés ainsi que du reste de notre imaginaire. Elles ont très certainement un sens et un rôle régulateur dans notre psychisme. Cependant, elles deviennent un fardeau lorsqu’elles sont trop souvent présentes, accaparent tout notre esprit ou persistent trop longtemps.
Par conséquent, nous devons adopter une attitude prudente face à nos pensées et émotions négatives, à savoir que nous devons prendre garde à ne pas les identifier avec la réalité, ni avec nous-mêmes. Nous prenons distance avec elles. Nous devenons observateurs de nos propres pensées et émotions comme si elles n’étaient pas les nôtres. Nous restons, de cette manière, conscients du fait qu’elles ne sont pas vraies, même si elles veulent nous dire quelque chose. Nous créons un certain détachement face à nos propres pensées. Nous apprenons ainsi à ne pas porter des jugements hâtifs sur les choses, ni prendre des décisions importantes tant que nous sommes émotionnellement diminués ou entravés dans notre raisonnement. Cela libère de l’espace vital pour nos pensées rationnelles et nos émotions positives, indispensables pour nous guider dans la vie et, surtout, pour nous faire apprécier cette dernière. De cette manière, nous nous donnons les moyens de devenir plus clairvoyants, plus adaptables et donc plus forts. Nous développons une souplesse d’esprit et une résilience qui nous évitent des impasses psychologiques. Le monde physique devient malléable et moins hostile. Les choses qui semblaient impossibles deviennent alors faisables.
Cependant, rien n’est facile pour commencer. Que faire lorsque l’esprit cherche désespérément son chemin à travers un épais brouillard qui n’a pas l’intention de se dissiper ? C’est une situation déstabilisant et pénible.
J’écoutais un jour quelqu’un qui, à travers un exemple imagé, montrait comment gérer nos pensée ou sentiments négatifs tenaces. L’exemple était le suivant : Vous organisez une fête et y invitez vos voisins du quartier. Or, vous avez un voisin potentiellement perturbateur que vous voulez éviter à tout prix, car s’il vient, il gâchera sûrement votre fête, pensez-vous. Vous ne l’invitez donc pas. Le soir de la fête, les invités arrivent les uns après les autres, et vous jetez craintivement des coups d’œil derrière eux, chaque fois que vous ouvrez la porte, pour vous assurer que le voisin perturbateur n’est pas là. Cependant, vos craintes ne vont pas tarder à se justifier. Vous entendez sonner à la porte, vous ouvrez et vous voyez bien devant vous celui que vous avez tant craint, demandant votre invitation de rejoindre vos invités. Vous lui refusez l’invitation, prétextant une excuse quelconque, espérant qu’il s’en aille. Il insiste et finit par entrer contre votre volonté. Vous lui montrez votre mécontentement, voire votre irritation, mais le voisin indésirable n’est pas de nature à se laisser intimider. Une fois à l’intérieur, vous essayez de le contrôler coûte que coûte, tandis que lui redouble ses provocations, accaparant ainsi toute votre attention. Votre fête est complètement gâchée.
Cependant, comme vous êtes une personne clairvoyante, vous n’avez pas agi de cette manière lorsque vous avez ouvert la porte. Vous vous êtes rendu à l’évidence que vous deviez faire votre fête en y invitant ce voisin indésirable et capable de tout gâcher si vous le refouler. Vous lui souriez en vous excusant de l’avoir oublié. Vous le faites entrer et en prenez soin comme de tous les autres invités. Il a un comportement bizarre, mais cela ne dérange pas plus que cela les invités. Il est content de participer à la fête et d’avoir eu l’attention dont il avait besoin.
Cet exemple est intéressant, car il montre que le rejet, le refoulement ou le déni ne sont pas les manières adéquates de traiter nos pensées ou émotions négatives. Il en va de même de vouloir les contrôler. Elles font partie de notre soi, qui doit être traité avec respect et compassion. Nous les laissons s’agiter, mais en prenant conscience de leur nature particulière, nous les empêchons d’envahir tout notre esprit, ce qui nous permet de les surmonter. Dans l’exemple rapporté ci-haut, le maître de la maison a pris soin de l’hôte indésirable, et cela lui a permis de continuer convenablement la fête avec ses invités.
Un autre exemple, cette fois réel, me vient à l’esprit, popularisé par le film « Un homme d’exception (A Beautiful Mind). Ce film captivant montre comment John Forbes Nash, lauréat du prix Nobel d’économie, ainsi que du prix Abel pour les mathématiques, prend conscience de ses pensées et visions schizophrènes, arrête de les pourchasser, s’en distance et ainsi réussit à gérer sa terrible maladie et à continuer sa carrière exceptionnelle. C’est exactement de cette manière que nous devons traiter nos pensées et émotions négatives, pour éviter qu’elles ne nous manipulent pas comme des marionnettes. Une telle attitude peut aussi nous aider dans nos relations avec un entourage toxique ou manipulateur, avec lequel nous devons néanmoins vivre ou travailler.
Nos pensées et émotions négatives cachent souvent, tel un écran de fumée, des problèmes réels que nous n’avons pas affrontés ou ne voulons pas affronter, parce que cela nous semble impossible ou trop difficile. Cela peut être des problèmes personnels comme des addictions, tensions relationnelles, problèmes de carrière, difficultés financières, manque de discipline ou de rigueur, etc. Cela peut être aussi un manque de confiance en soi ou un manque d’estime de soi. Il n’est dès lors jamais assez de répéter que nous devons identifier nos problèmes réels et s’atteler à les résoudre. Nous pouvons le faire, si nous nous convainquons de le faire. Tout cela demande de l’effort et de la persévérance, mais le jeu en vaut la chandelle. Notre bonheur de vivre en est tributaire.