Le secret et la volonté de se faire craindre constituent deux piliers du pouvoir dans toutes les sociétés humaines. Le secret permet au pouvoir de recueillir, de détenir et d’utiliser des informations qui lui accordent des avantages décisifs, ainsi que de prendre des décisions et/ou de les faire exécuter alors qu’il ne pourrait pas agir de la sorte s’il est transparent. C’est le moyen par excellence de manipuler et de gouverner. C’est pour cette raison que les réunions de travail de tous les pouvoirs exécutifs ont lieu à huit clos, sans que le public ou la presse y ait accès. La Suisse n’y fait pas exception, ses exécutifs fédéral, cantonaux et communaux, ainsi que ses administrations publiques font leurs délibérations et prennent leurs décisions à l’abri du regard du public.
En effet, le pouvoir aime œuvrer dans l’obscurité où il est absolument confortable. Sans le regard et le contrôle du public, il peut assouvir ses appétits inavouables comme promouvoir les intérêts sectoriels ou personnels, pratiquer toute autre forme de favoritisme, cacher ses incompétences, etc. Plus le pouvoir est grand, plus son appétit sera grand. Lorsqu’il prend des proportions telles qu’il peut subjuguer de nombreux peuples, il devient un empire. Dans ce sens, l’Amérique est un empire, même si elle est considérée comme une démocratie à l’intérieur de ses frontières. Car, elle nous impose ses lois et ses pratiques de manière extraterritoriale, alors que nous ne sommes pas ses citoyens, n’habitons pas sur son territoire, n’avons pas le droit de vote et n’avons aucun moyen d’influencer ses décisions pour défendre nos intérêts légitimes. Elle met sous pressions les démocraties européennes et dans d’autres parties du monde pour qu’elles la suivent dans ses aventures impérialistes et militaristes, au détriment des valeurs démocratiques et des normes morales universelles.
Julian Assange est persécuté, car il a dévoilé des pratiques obscures, illégales, dégradantes et inhumaines de l’empire américain. Il a ainsi touché ce dernier au cœur de ses instruments de pouvoir. De ce fait, il est devenu l’homme le plus dangereux pour le gouvernement américain. Ce dernier fera tout pour le punir et le réduire au silence par des mesures d’exception et, à la même occasion, pour donner une leçon à toutes celles et à tous ceux qui pourraient suivre d’une manière ou d’une autre son exemple. Son arrestation par le gouvernement britannique est une attaque contre les valeurs morales fondamentales qui sont la liberté, le courage, le sens de la justice, l’empathie pour les victimes, etc. L’attaque contre Julian Assange, ce héros de l’ère numérique, est dès lors une attaque contre nous tous. Les gouvernements européens ont le devoir moral de tout faire pour le protéger.