Amor Fati

Cette expression latine a été popularisée par le philosophe allemand Friedrich Nietzsche au 19e siècle. Souffrant de terribles migraines, qui le rendaient à moitié aveugle, de la solitude, de manque de moyens financiers, d’une santé mentale déclinante, etc., il a cru trouver une solution à ses souffrances en proclamant, au moins dans ses écrits, son Amor Fati, l’amour du destin ou l’acceptation du destin.

L’expérience de Nietzsche est révélatrice d’une expérience universelle de l’être humain qui, à toute époque, après avoir essuyé de nombreux revers, finit par se résigner à son destin potentiellement tragique.

Il y a dans la vie une part de l’inévitable, comme les maladies, la perte des êtres chers ou encore la fin programmée de notre propre existence. Il y a également ce qui est impossible à changer comme le fait d’être né dans un pays pauvre ou dans un milieu social défavorisé, les opportunités manquées, les choix malheureux, les échecs professionnels, les catastrophes personnelles ou collectives, etc.

L’acceptation du destin ne doit cependant pas être interprétée comme une invitation à vivre passivement, dans un état de résignation totale face à tout ce qui peut arriver. Une attitude passive ou fataliste est la pire des solutions, car elle mène tout droit à une vie dénuée de tout sens, au ressentiment, à l’angoisse, à l’échec ou à la misère.

Nous avons les facultés nécessaires pour distinguer ce qui est possible à changer de ce qui ne l’est pas. Nous avons aussi la force de changer ce qui peut l’être. Quant à ce qui est impossible à changer, nous pouvons l’accepter avec le plus grand courage possible. C’est de cette manière que je comprends l’Amor Fati.

Nous pouvons ainsi espérer vivre une vie pleine et entière. Car, en acceptant notre sort, nous nous débarrassons de nos angoisses ou regrets ou encore de nos envies infondées et nous pouvons ainsi utiliser notre énergie pour changer ce qui est possible avec encore plus de confiance et de combativité, des qualités dont nous avons tant besoin à une époque où tout a tendance à devenir extrêmement compliqué, insensé, voire déshumanisé.

Nous pouvons ainsi projeter des idées, planifier nos carrières, se fixer des objectifs ou des défis, lutter avec conviction pour telle ou telle cause, fonder des familles, etc., tout en sachant que les choses ne se passeront pas toujours de la manière que nous souhaitons qu’elles le soient. Cela ne diminuera en rien le plaisir de vivre et d’agir, car ce qui compte en définitive c’est le jeu, la vie elle-même avec ses hauts et bas. De plus, cela nous évitera bien d’illusions, de déceptions et de regrets.

Laissons donc au destin ou à la providence ce qui lui appartient. Occupons-nous de ce que nous pouvons concevoir et gérer. C’est un changement d’attitude radical. C’est vivre avec lucidité dans la réalité du présent, sans le regret du passé ni la crainte de l’avenir. C’est une prise de conscience de l’absurdité de vouloir tout maîtriser ou tout réussir, une attitude irrationnelle qui nous est inspirée, parfois imposée, par la vie moderne, en particulier par notre éducation. Nous constaterons alors que nous avons besoin de peu de choses pour vivre heureux.

Il n’est certes pas facile d’arriver à une parfaite sérénité d’esprit à une époque qui semble complètement malade et, surtout, lorsque les souffrances personnelles sont grandes. Je ne suis pas certain que Nietzsche lui-même ait pu se résigner à son destin qui était tragique à bien d’égards. Il y a des situations où la souffrance peut être si grande que rien ne peut y remédier.

Cependant, ce que nous ignorons souvent, c’est le fait que le destin a aussi une autre dimension, celle qui fait les choses mieux que ce que nous aurions accompli si tous nos vœux s’étaient réalisés. Car si nous savons ce que nous voulons, nous ne savons pas toujours en quoi consiste notre propre bien. La réussite vers laquelle nous courrons tant, peut être aussi dangereuse que l’échec, disait un ancien sage. Le destin agit comme une main invisible, qui nous surpasse et nous fait prendre conscience de notre vraie nature humaine, parfois, à travers bien de souffrances. Nous devrions lui faire confiance, si nous voulons être plus forts, en paix avec nous-mêmes et, donc, en meilleure santé mentale.

Une réflexion sur “Amor Fati

  1. Ping : Et si nous surmontions nos peurs ? – Vivre avec philosophie

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.