Ne stressez pas vos employés, prenez plutôt soin d’eux !

J’entends parfois qu’il faut sortir les employés de leur zone de confort, que le stress a un effet stimulateur et que tout cela fait des merveilles en matière de résultats attendus. Certains n’hésitent pas à justifier des mesures de réorganisation par ce type d’arguments. Or, ils se trompent sur l’essentiel.

Le stress est bon pour changer d’habitudes, de comportements ou de caps, mais à condition qu’il ne dure pas trop longtemps. C’est un levier indispensable pour se mobiliser ou mobiliser une personne ou une entité pour faire quelque chose qui sort de l’ordinaire. En revanche, s’il s’installe durablement, il détruira les employés et l’entreprise.

Le levier du stress est utilisé, par exemple, dans les entrainements militaires ou pour préparer les sportifs de haut niveau. Cependant, on y alterne des moments d’action intense avec des moments de détente, car le stress ne peut pas être supporté au-delà d’une certaine durée ou intensité, même lorsqu’il sert de catalyseur. Cette méthode est efficace dans les activités précitées, car les protagonistes veulent atteindre les objectifs auxquels ils adhèrent intérieurement et se prêtent ainsi volontiers au jeu.

Le monde du travail représente une toute autre réalité. On ne saurait y appliquer de manière dogmatique les concepts utilisés dans d’autres domaines. Les employés ne sont pas de jeunes soldats ou sportifs de haut niveau. Pour beaucoup de gens malheureusement, le travail est synonyme de souffrances, car ils y subissent beaucoup de contraintes physiques et psychiques. Dans un monde idéal, ils se passeraient volontiers de leurs jobs qui leur imposent souvent des tâches simples, répétitives, inintéressantes, voire abrutissantes. La plupart d’entre eux sont des pères ou mères de famille qui se battent quotidiennement pour conserver leurs jobs, qui n’ont pas ou plus d’ambitions de carrière, celle-ci étant d’ailleurs réservée à une minorité privilégiée, qui ne sont plus jeunes, qui peuvent avoir des problèmes de santé et/ou des difficultés sociales et qui sont souvent épuisés par une multitude d’obligations imposées par la vie moderne, engendrant à long terme du stress et ses corolaires, le sentiment d’insécurité et d’insatisfaction permanent. Lorsque le mangement décide de prendre des mesures qui imposent des contraintes supplémentaires comme, par exemple, des menaces ou intentions de licenciement, horaires de travail plus contraignants, incompatibles avec la vie privée des employés, baisse de salaires, diminution de confort sur la place de travail, etc., cela risque de rompre le délicat équilibre de vie des employés, et les dégâts qui en résultent peuvent être importants. Dans ces conditions, le mangement ne peut pas s’attendre à une amélioration de la situation générale dans l’entreprise. Les raisons en sont multiples.

Les mesures de cette nature sont généralement mal acceptées, car elles augmentent le mal-être des employés non seulement sur le lieu de travail, mais aussi jusque dans leur sphère privée. Elles sont perçues comme des moyens de contrainte supplémentaires sur lesquelles ils n’ont aucune emprise, restreignant encore plus leur liberté personnelle, alors qu’ils éprouvent déjà passablement de difficultés. L’impuissance face à cette situation provoque les sentiments d’être infantilisés, dédaignés, maltraités et dévalorisés. Cela conduit finalement à un ressentiment latent profond. Les employés ne partagent dès lors pas la vision du mangement et n’adhèrent pas aux mesures décidées ni aux objectifs fixés par ce dernier. Il s’ensuit un manque de motivation, une baisse de productivité, de l’absentéisme, des conflits, des burnouts, des tricheries ou vols, etc. Dans une situation économique difficile sur le marché, cela peut bien ruiner l’entreprise.

Certaines entreprises ou administrations peuvent cependant se permettre de mener des politiques peu soucieuses du bien-être des collaborateurs du fait qu’elles bénéficient d’un pouvoir économique et, par conséquent, psychologique considérable sur ces derniers. La main d’œuvre qualifiée et non qualifiée est généralement abondante, ce qui renforce encore plus la position de force de l’employeur. Les taux de chômage élevés et incompressibles créent une concurrence accrue entre les employés. Les législations réglementant les rapports de travail sont souvent peu contraignantes pour les employeurs, de sorte que les entreprises peuvent engager, utiliser et ensuite licencier les travailleurs à leur convenance. Lors de la Guerre de sécession d’Amérique, les défenseurs de l’esclavage faisaient valoir l’argument selon lequel, en comparaison avec les travailleurs des États du Nord, les esclaves étaient mieux pris en charge, car leurs propriétaires les protégeaient et les assistaient lorsqu’ils étaient malades ou âgés, contrairement à ceux qui, une fois licenciés de leur travail, rejoignait les laissés-pour-compte de la société. Cette parenthèse montre une dure réalité économique qui a peu changé sur le fond. Les systèmes de la sécurité sociale, qui ont été créés pour remédier aux conséquence fâcheuses du marché du travail, qui sont le chômage ainsi que les maladies et les accidents professionnels, atténuent les excès du modèle économique, sans toutefois être incitatif en matière de responsabilité sociale des employeurs.

Par ailleurs, les entreprises qui ne prennent pas soin de leurs employés ne sont pas des entreprises innovantes. Si elles survivent, c’est parce qu’elles ont des revenus s’apparentant à des rentes que leur assure leur position dominante sur le marché. La même logique est parfois valable pour les administrations publiques en général, vu que leurs budgets sont assurés par l’argent public et qu’elles subissent les conséquences directes des décisions politiques.

Certes, l’économie du marché mondialisée d’aujourd’hui met à rudes épreuves la plupart des entreprises, surtout les petites et moyennes entreprises, qui bénéficient d’une protection moindre de l’Etat en comparaison avec les grandes entreprises privées ou publiques qui, elles, maintiennent généralement des liens étroits avec les gouvernements. Elles sont donc régulièrement amenées pour des raisons parfaitement logiques à licencier du personnel ou à imposer des mesures d’économies ou autres peu appréciées par ce dernier. Dans ce contexte, comme le montrent l’expérience et de nombreuses études qui ont été menées dans ces situations, la capacité du mangement de mener une bonne communication dans l’entreprise est déterminante. Cette communication sera réussie si elle est sincère, régulière et prend en compte les intérêts légitimes des employés lorsque cela est possible. Dans ce cas, les employés ne sont pas anéantis émotionnellement, préservent leur motivation et consentissent plus facilement à des sacrifices pour permettre à l’entreprise de traverser les difficultés. On peut ainsi empêcher la recrudescence d’absentéisme, de conflits sur le lieu de travail, de fuite de compétences et de tout autre comportement nuisible pour l’entreprise.

Il est primordial d’éviter toute décision ou comportement qui stresse inutilement le personnel, faute de pouvoir prendre des mesures positives pour améliorer les conditions de travail. Cela relève du bon sens et indique la mesure de l’empathie que l’employeur témoigne à ses employés. Tout le monde en sort gagnant.

 

L’importance de forger son caractère

Les films hollywoodiens, la littérature, les mythes populaires, etc., nous montrent souvent des personnages forts et saisissants. C’est sans doute, parce que nous voulons volontiers nous y identifier ou parce qu’ils nous inspirent ou encore parce qu’ils incarnent un idéal.

Socrate, Alexandre ou Napoléon avaient tous en commun des caractères exceptionnels. Ils ont marqué l’histoire chacun à sa manière. Socrate était un sage, dont la philosophie morale et la personnalité absolument unique ont inspiré les générations successives d’hommes et des femmes depuis 2400 ans. Hoplite durant des campagnes militaires d’Athènes, il a impressionné ses camarades par son courage et sa résilience face au froid et à la faim. Plus tard, lorsqu’il a été condamné à la peine de mort pour des raisons politiques par un jury populaire, il n’a pas fui Athènes, bien qu’il eût cette possibilité. Il est resté maître de son esprit, authentique et fidèle à ses convictions jusqu’au dernier instant de sa vie. Alexandre et Napoléon étaient des militaires qui ont mené de nombreuses guerres et construit de grands empires. Cela a eu pour conséquences inattendues le mariage entre les cultures de l’Occident et l’Orient dans le premier cas et la modernisation politique de l’Europe occidentale dans le second cas. Ces hommes ont suivi leurs instincts, mais leurs caractères exceptionnels ont produit des résultats qui ont fait d’eux des héros à l’échelle de l’histoire.

Notre caractère fait de nous ce que nous sommes et ce que nous valons aux yeux des autres. Il est une externalisation de notre personnalité qu’il façonne à son tour. Il interagit avec nos sensibilités, émotions, pensées ou convictions, ainsi qu’avec notre environnement de vie. Il prédétermine nos décisions et actes. Il a nécessairement une base biologique, mais nous savons aussi que notre héritage biologique ne détermine pas automatiquement notre personnalité ni notre comportement. Notre caractère se forme dans notre interaction avec notre environnement de vie, ainsi que par notre propre volonté. Nous n’avons ainsi jamais deux caractères identiques, même lorsque nous sommes en présence des jumeaux monozygotes.

Nos ancêtres accordaient beaucoup d’importance au caractère humain, afin qu’il fût non seulement fort, pour résister aux aléas de la vie, mais également bon et authentique. Ils savaient par expérience que le caractère était le gage d’une vie heureuse pour l’individu lui-même et pour son entourage. Ils comprenaient par la vie heureuse une vie conforme aux principes moraux avant tout, c’est-à-dire ces principes qui rendent possible la vie dans une société. Ils savaient que le caractère était non seulement quelque chose d’inné mais qu’il pouvait être forgé à force de volonté, d’effort et d’éducation.

De nos jours, nous préférons inconsciemment des caractères uniformes, lisses ou modulables. En tant que parents, nous souhaitons absolument que nous enfants nous obéissent, en pensant que nous agissons ainsi dans leur intérêt. Ensuite, le flambeau de l’éducation est repris par l’école dans le but de produire des citoyens commodes, respectueux des lois et des hiérarchies sociales. Quand nos enfants deviennent des adultes, il se transforment en d’excellents travailleurs, techniquement compétents, dociles et maniables pour leurs employeurs. Or, lorsqu’ils perdent leurs repères dans la vie, après avoir parcouru les chemins qui leur ont été tracés à l’avance, mais sans avoir trouvé les leurs, car nous ne les avons pas aidés à construire leur caractère, nous nous étonnons de leurs échecs.

Nous avons tous intérêt à avoir des enfants, des citoyens et des employés avec des caractères forts et authentiques. Un caractère fort ne signifie pas une personnalité dominatrice ou agressive, mais une personne qui sait faire ses choix d’après ses convictions personnelles et qui est capable d’affronter les difficultés, sans perdre le goût de la vie. L’authenticité signifie qu’il reste fidèle à lui-même, ne renie pas son soi moral face aux difficultés et ne devient ainsi pas mauvais, quelles que soient les circonstances extérieures.

Les caractères authentiques déterminent la réussite sociale des individus, ainsi que celle d’une entreprise ou d’une nation. Il est faux de croire que l’Etat, le système économique ou les technologies suffisent à eux seuls, comme si les personnes humaines n’étaient que des auxiliaires. Ce sont ces dernières qui portent le monde sur leurs épaules et incarnent toutes les valeurs d’une société. C’est le caractère humain qui est l’ultime garant du bon fonctionnement d’une société, de sa liberté et de sa place dans le monde. De même, il constitue le dernier rempart contre l’autoritarisme, la décadence économique ou morale ainsi que contre l’injustice sociale. Lorsqu’un caractère est bien forgé, il n’y a plus besoin d’une incitation externe pour qu’il réalise une belle action. Un pompier brave le feu pour sauver des vies humaines, sans penser à une récompense matérielle ou morale. Il le fait spontanément, car cela fait partie de son caractère de sauveteur.

Nous pouvons forger notre caractère en nous instruisant, par la réflexion, par l’effort et les entraînements et surtout par la force de notre volonté. Un caractère bien formé n’a pas besoin de chercher la plénitude dans la réussite matérielle, bien qu’il en ait besoin modérément pour maintenir son autonomie personnelle. Il a la plénitude en lui-même, quel que soit son statut dans la hiérarchie sociale. Il ne cherche ainsi pas à courir indéfiniment d’après la richesse matérielle et/ou le pouvoir pour combler un vide interne ou un manque de satisfaction ou encore l’absence de sécurité dans la vie. Il ne rejette cependant pas la réussite matérielle ou sociale, car il sait qu’il peut l’utiliser de la meilleure manière possible. Il ne s’approprie pas le fruit du travail des autres, même si cela est permis légalement. Il se comporte en bon père de famille, fils, frère, employé, employeur ou citoyen. Il ne vit pas dans la peur et l’incertitude qui guettent ceux qui n’ont pas formé leur caractère et, de ce fait, n’ont pas confiance en eux. Il est en paix avec lui-même, et sa vie est heureuse de ce seul fait.

Pourquoi devrions-nous nous intéresser au stoïcisme ?

Le stoïcisme est une école philosophique très intéressante du fait de son caractère pratique et de son contenu moral universel. L’école a été fondée par le philosophe grec Zénon de Kition, mort en 262 av. J.-C. Aucune de ses œuvres n’a survécu. Cependant, nous avons eu plus de chances avec les œuvres de ses illustres successeurs romains, Sénèque, Épictète et Marc Aurèle. Le premier était le précepteur de l’empereur Néron, le second était un esclave et le dernier était un empereur romain. C’est un rare exemple de pensées humaines qui se rejoignent malgré les origines sociales opposées à l’extrême de ses auteurs. La raison en réside dans leur puissance morale mais aussi dans leur impact presque thérapeutique sur les individus.

Personnellement j’y puise ma force pour affronter les difficultés de la vie quotidiennement mais aussi au moment des choix particulièrement difficiles à opérer. J’ai découvert cette école à l’époque où j’étais jeune étudiant à l’université. Cependant, l’idée qui m’en a été donnée à ce moment-là relevait plutôt de la caricature, car les philosophes stoïciens ont été décrits comme des personnages sans empathie, y compris envers leurs propres familles. C’est effectivement l’image que nous pouvons en tirer de prime abord si nous prenons les choses de manière littérale et ne nous donnons pas la peine d’approfondir nos connaissances en la matière. C’est beaucoup plus tard en lisant Sénèque, Épictète et Marc Aurèle que j’ai découvert une philosophie morale puissante que je pratiquais déjà partiellement, sans le savoir, en raison de mon éducation et des traditions stoïques dans lesquelles j’ai grandi. À l’époque, mon pays était déjà en pleine guerre civile et je pensais que ma famille ne survivrait pas intégralement. Cela me rendait malade. Je lisais beaucoup à côté de mes études de droit, notamment les œuvres de grands philosophes du passé, pour trouver une solution à mon pays meurtri et, surtout, sauver ma famille. Le destin m’avait alors privilégié en m’accordant un répit de quelques années en raison de mes études que j’ai pu commencer, car je n’avais pas encore 18 ans pour être enrôlé de force dans l’armée. Comme l’existentialisme était toujours à la mode dans le milieu universitaire, j’y me suis intéressé de près mais n’y ai pas trouvé d’idées valables pour m’aider à traverser la guerre. Il m’a semblé même totalement à côté de la réalité, voire suicidaire dans ce contexte-là. J’ai alors décidé de me laisser guider par les croyances et le courage des gens ordinaires de mon pays, qui parvenaient à endurer la guerre et toutes les privations qui l’accompagnaient tout en restant attachés à leur liberté, sans perdre le sens de la justice, ni se mettre à genou devant des gouvernements autoritaires et à la solde des puissances étrangères. Un quart de siècle plus tard, j’ai redécouvert ma passion pour la philosophie, non en raison de la guerre cette fois, mais du fait des difficultés personnelles et professionnelles. C’est en lisant l’Histoire de la philosophie occidentale de Bertrand Russell que je me suis rappelé du stoïcisme. J’ai alors commencé à lire Sénèque, Épictète et Marc Aurèle et été impressionné par le caractère pratique de cette philosophie, dont les idées morales m’ont semblé valables sans limites temporelles et culturelles. J’ai toujours pensé que les choix de vie valables sont ceux qui procèdent des principes éthiques indiscutables. Les œuvres de ces grands hommes m’ont permis de clarifier mes idées et d’adopter une approche plus consciente et plus confiante dans la vie. C’est en comparaison constante avec mon expérience de vie, avec les valeurs culturelles dans lesquelles j’ai grandi et dans lesquelles je vis actuellement que j’ai cherché le sens de leurs écrits. Ce n’était donc pas une lecture dogmatique et passive, mais une réflexion critique à laquelle j’ai soumis le concept entier du stoïcisme. J’ai alors découvert une mine d’idées nouvelles ou familières, mais sur lesquelles je n’avais pas réfléchi suffisamment jusque-là, qui m’ont permis de m’imperméabiliser face aux vicissitudes de la vie. Ce, compte tenu du fait que je m’étais approché dangereusement et plus d’une fois d’un point de rupture, alors que paradoxalement je vivais en paix et dans un confort relatif. C’était cependant un faux confort qui me privait de la combativité qui était nécessaire pour résoudre les problèmes réels auxquels j’étais confronté et auxquels nous sommes normalement tous confrontés.

Je sais que tous les grands caractères, d’une manière ou d’une autre, ont eu le stoïcisme dans leur sang. En effet, le stoïcisme en tant que philosophie fournit les moyens nécessaires pour forger son propre caractère, acquérir et maintenir une force de volonté face à l’adversité, se détacher de toute sorte de contraintes matérielles ou sociales pour rester libre et indépendant dans ses choix, maîtriser ses émotions négatives, telles que les peurs, la colère, les envies démesurés ou condamnables, etc., et faire des choix commandés à la fois par la sagesse, le sens de la justice et la prudence. Il n’incite pas à s’isoler, une tendance malheureuse chez les philosophes et autres penseurs lorsqu’ils se sentent persécutés ou font l’objet de la risée, mais à participer pleinement à la vie sociale et politique. Il a une vision très cosmopolite du monde qui est perçu comme une réalité organique, à l’exemple d’un corps vivant, alors que nous avons généralement une vision mécanistique, suggérée par les idéologies dominantes d’aujourd’hui ainsi que par les sciences de la nature.

Le stoïcisme ne résout cependant pas tous les problèmes. Il ne promet pas la vie après la mort, ni le paradis sur terre. En tant que philosophie, il représente une pensée sereine et cohérente visant à nous fournir des bases solides pour faire des choix moralement valables et pour mieux contrôler nos émotions et nos actes. Il nous rend plus résilients, sans nous priver des émotions positives et de l’empathie notamment et nous offre ainsi plus de chances de vivre une vie heureuse. Il fait l’éloge de l’effort plutôt que celui du confort matériel que nous offre la vie moderne temporairement. Il nous prépare à affronter les difficultés qui peuvent nous attendre à chaque tournant de la vie. Ses idées sont simples et accessibles à tout le monde. Elles nous permettent de nous améliorer et, de ce fait, améliorer le monde. Ce n’est pas une religion, mais une attitude absolument rationnelle face à la vie. C’est un remède contre un manque de repères ainsi que contre la recrudescence de souffrances, notamment psychologiques, qui caractérisent la vie moderne. Il peut être pratiqué partout, y compris le lieu de travail ou des places plus difficiles à vivre comme les hôpitaux, la prison, l’armée, etc. Il nous aide à vivre en personnes libres, sans crainte du présent, de l’avenir ou de la mort.

À lire :

Sénèque, Lettres à Lucilius ;

Épictète, Le Manuel d’Épictète ;

Marc Aurèle, Les Pensées pour moi-même.

Que révèlent les gilets jaunes?

Il arrive que nous nous laissons aller pendant une longue période. Il peut y avoir plein de raisons pour cela : Nous avons travaillé durement pour gagner notre vie, nous nous sommes occupés de nos enfants durant des années et/ou nous avons eu de nombreuses autres occupations, en passant constamment d’une chose à l’autre, avec la conviction que tout allait bien. Or, un bon matin, nous nous réveillons totalement épuisés, notre corps refuse de nous suivre, nos pensées ne sont plus cohérentes et nous voyons tout en noir. Nous sommes victimes d’une dépression, car nous nous sommes négligés durant trop longtemps et avons accumulé une multitude de problèmes latents. Une partie de notre corps se retourne contre nous et se venge dans une sorte de folie destructrice. Il peut y avoir des dégâts physiques et psychiques importants nécessitant une prise en charge médicale. Cette crise peut nous conduire au bord de précipice, si nous manquons de courage, si nous perdons la compassion envers nous-mêmes ou encore si nous ne demandons pas d’aide. Ce que nous ne savons pas encore c’est que cela peut être aussi l’occasion d’un véritable réveil existentiel, d’une renaissance, d’une métamorphose.

La crise des gilets jaunes peut être comprise de la même manière que ce que je viens de décrire ci-haut. La France a probablement trop longtemps négligé une partie de son propre corps, une part de plus en plus grandissante de population en difficulté et précarisée. C’est un pays qui a été incapable de modérer les excès d’un système économique capitaliste, conduit par les instincts humains les plus destructeurs, ou d’en gérer les conséquences. Ce sont ces Français qui vivent avec leurs souffrances et craintes depuis trop longtemps, ne voient plus d’avenir pour eux-mêmes ni pour leurs enfants, ne se sentent pas écoutés par les autorités ou les patrons, n’ont plus confiance en leur gouvernement et, dans leur désespoir, se laissent emporter par la colère.

Vu d’un pays pauvre du tiers monde où la majorité de la population ne mange pas à sa faim, ces évènements peuvent sembler totalement incompréhensibles, car personne ne meurt de faim en France, dirait-on. C’est oublier que les souffrances humaines du monde riche sont aussi réelles que celles dans le reste du monde. Elles n’ont pas toujours les mêmes sources, mais elles peuvent être tout autant dévastatrices que les souffrances de ceux qui souffrent de faim. Aussi honteux que cela puisse être, nous ne sommes pas encore arrivés à un degré d’unité de l’humanité, qui puisse éliminer la faim et les guerres dans le monde.

C’est donc avec la compassion et l’empathie qu’il faut regarder la France et ses gilets jaunes. Inutile de chercher les fautes et les erreurs, si cela n’a pas pour objectif de rechercher des solutions acceptables pour tous. Jusqu’à présent, le président Macron s’est conduit en chef d’Etat sage, car il sait qu’il serait également de la folie de répondre par la force à la colère populaire. Par ailleurs, cela aurait été contraire aux valeurs éthiques et aux libertés politiques auxquelles la France a brillamment contribué ces derniers siècles. La France est un pays éclairé et il lui appartient de montrer un exemple de tolérance et, surtout, de compassion envers cette partie de sa propre population qui souffre.

J’ai espoir que le mouvement des gilets jaunes puisse déboucher sur une prise de conscience collective non seulement en France, mais aussi en Europe et dans le monde. Le monde s’est beaucoup enrichi ces dernières décennies, mais le surplus de richesse ne profite qu’à une minorité de riches, voire de très riches. Les écarts entre les riches et les pauvres se creusent dramatiquement dans les pays riches ainsi qu’entre les pays. La précarité et la pauvreté gagnent du terrain, parfois de manière exponentielle, presque partout. Elles nous guettent tous, même dans le monde riche, quelle que soit notre niveau de formation ou d’expérience professionnelle. Je ne sais pas comment nous pouvons nous sortir de cette situation moralement déplorable et politiquement dangereuse. Il se peut que les Français nous montrent le chemin, comme ils l’ont fait parfois par le passé. Ils peuvent le faire s’ils se laissent guider par la compassion, l’empathie et la raison. J’espère que nous éviterons ainsi un glissement vers un monde dominé par l’autoritarisme et la violence, qui apparaît de plus en plus probable.