Nous pouvons tous être confrontés à des difficultés graves. Celles-ci peuvent résulter des événements soudains et intenses ou d’une accumulation des problèmes et des traumatismes au cours de la vie. Si par chance tout va bien, nous continuons à vivre dans une sorte de bulle protectrice. Quand nous somme jeunes, nous croyons que nous le resterons toujours, et quand nous ne sommes pas concernés personnellement, nous avons la conviction que les accidents, les maladies graves, les cancers ou la mort ne touchent que les autres. Or, la bulle protectrice s’éclate un jour et nous entrons dans une crise existentielle profonde, voire dans une dépression.
Nous sommes nés avec des inégalités sociales et biologiques importantes, qui déterminent notre résilience aux difficultés et au stress qui en résulte. Celle ou celui qui est né(e) dans un milieu aisé n’aura pas les mêmes difficultés ni les mêmes moyens pour y répondre qu’une personne qui commence sa vie tout en bas de l’échelle sociale. De même, certains sont plus résilients que d’autres en raison de leur héritage biologique ou de leur environnement de vie austère. Ainsi, ne réagissons-nous pas de la même manière aux difficultés.
Nous pouvons tous être résilients
Or, il n’y a pas de fatalité si nous répondons mal aux difficultés. Nous pouvons tous renforcer notre résilience par la compréhension des mécanismes qui déclenchent notre réaction aux difficultés, par une attitude individuelle adaptée ainsi que par un entrainement régulier à la manière d’un sportif qui se prépare à une compétition.
Il est important de comprendre que la réponse de l’organisme vivant aux difficultés se traduit par le stress ; celui-ci est bénéfique lorsqu’il dure un court moment et n’est pas excessif. Ce genre de stress correspond à un état d’urgence mobilisant toutes les ressources disponibles pour éviter un danger particulier et passager. Il stimule le cerveau et apporte la motivation nécessaire pour faire des choses extraordinaires. Or, l’état d’urgence implique une limitation des ressources pour tout ce qui n’est pas considéré comme vital pour l’organisme. Par conséquent, nous ne sentons pas la faim et notre estomac ne digère pas pendant que nous sommes sous le stress. Nous perdons les muscles, ne dormons pas bien, etc. Nous pouvons ainsi imaginer les conséquences pour notre santé si nos difficultés et le stress qui s’ensuit deviennent chroniques. Dans ce cas, l’état d’urgence est prolongé, notre corps n’est plus réparé correctement, ni suffisamment alimenté en ressources. Nous pouvons alors développer des problèmes cardiovasculaires, le système immunitaire s’affaiblit et notre corps devient vulnérable aux maladies. La partie du cerveau qui est responsable de l’émotion de la peur reprend le relai, ce qui signifie que nous voyons trop de dangers. Il devient plus difficile de prendre des décisions adéquates et de les réaliser. Nous sommes malheureusement tous touchés par le stress chronique dans les sociétés modernes. C’est un fléau causant ou contribuant fortement à d’autres fléaux tels que les maladies cardiovasculaires, l’hypertension artérielle, la dépression, le diabète, etc.
Nous ne pouvons pas éliminer toutes les difficultés et le stress qui en résulte, car nous ne choisissons pas volontairement les premières et le second est profondément ancré dans notre mode de vie. Nous pouvons cependant changer notre attitude face aux difficultés, diminuer le stress et ainsi les gérer au mieux.
Ne pas fuir les difficultés
Nous devons affronter les difficultés, car en les fuyant nous ne faisons qu’aggraver notre condition. Celui qui fuit le combat essuiera non seulement la défaite mais aura, en plus, l’amertume et la honte comme récompense. Il s’en suivra inévitablement une diminution de l’estime de soi. Or, lorsque nous perdons l’amour-propre, nous perdons notre capacité de résister, perdons le plaisir de vivre et ouvrons la porte à toute sorte de comportements irrationnels et à la dépression.
Les difficultés sont des opportunités
Nous ne devons pas considérer les difficultés comme quelque chose de totalement négative. Les difficultés sont aussi souvent des opportunités. Si nous perdons notre job ou subissons un échec dans un contexte quelconque, c’est l’occasion de réfléchir et de mettre sur pied un projet qui peut nous ouvrir de nouveaux horizons. Le meilleur job est celui qu’on crée soi-même. Les difficultés sont l’occasion de nous élever au-delà de ce que nous sommes d’ordinaire. Elles nous offrent l’occasion unique de mettre en pratique nos capacités et connaissances, de réaliser notre potentiel créatif, de devenir des entrepreneurs et de trouver des vocations. Que cela nous plaise ou non, nous ne pouvons avancer dans la vie qu’à travers les difficultés. L’histoire de l’humanité est une histoire de surmonter sans cesse les difficultés.
Nos peurs sont une illusion
Il est bien sûr facile de proposer d’affronter les difficultés mais la réalité est toute autre, rétorqueraient certains. Nous n’avons pas tous la force de volonté suffisante pour y arriver, diraient d’autres. Effectivement, nous fuyons tous les difficultés par instinct hérité de notre nature animale. Face à un fauve, une gazelle n’a d’autre solution que de fuir. Or, nous avons peur non seulement quand il y a un danger actuel, mais nous avons peur tout le temps. Les peurs sont présentes dans toutes nos décisions, dans tous nos actes, dans notre comportement au quotidien. Elles déterminent nos relations avec les gens, dans la famille, avec les voisins, avec nos supérieurs ou collègues au travail, avec nos partenaires contractuels, entre les nations, etc. Lorsque quelqu’un nous fait pressions, lui ou elle fait appel à nos peurs intrinsèques. La peur nous paralyse et nous empêche de prendre des décisions nécessaires ou utiles.
Nos peurs sont à la fois la cause et le résultat du stress chronique avec lequel nous vivons. Nous ne pouvons pas les éliminer mais pouvons les gérer au mieux.
Nous devons commencer par prendre conscience du fait que la peur s’est ancrée très profondément dans nos esprits. Ensuite, il faut déterminer dans chaque cas concret si nos peurs sont fondées. Finalement, nous pouvons les surmonter par une pratique régulière des méditations.
Les méditations nous préparent à faire face aux difficultés
L’école stoïcienne de la philosophie a développé depuis plus de deux mille ans des méditations qui consistent à visualiser les difficultés jusqu’à ce qu’elles ne causent plus d’anxiété, de sorte que notre esprit se libère du poids de la peur afin de réfléchir sereinement et trouver des solutions adéquates. Les méditations stoïciennes et bouddhistes ainsi que les médications de pleine conscience (Mindfulness) nous aident efficacement à maîtriser nos peurs, angoisses et anxiété. Elles apaisent l’esprit et nous permettent de prendre le contrôle de nos émotions. Les grands hommes qui ont marqué l’histoire étaient ceux qui restaient maîtres de leur esprit même dans des conditions insupportables. Les méditations nous renforcent et nous préparent à faire face aux difficultés de telle sorte que nous puissions nous en sortir encore plus forts. Ce sont des entrainements mentaux comparables aux entrainements physiques des athlètes en vue d’une compétition.
Ne pas prendre pour argent comptant ce que nous disent les sens
Nos sens et nos sentiments nous mentent souvent. Il faut donc constamment se demander s’ils nous disent la vérité ou le mensonge. Cela nous permet de voir plus clairement la réalité et de mieux gérer notre état émotionnel, notamment les peurs. Cela nous évite de prendre des décisions malheureuses.
Nos difficultés résultent également de nos jugements erronés sur la réalité. Nous interprétons mal les décisions et les intentions des autres. Nous ne sommes pas toujours suffisamment renseignés ou avons momentanément perdu la capacité de comprendre les choses. Cela implique que nous devons constamment nous demander si nous ne nous trompons pas dans nos jugements ou si ceux-ci ne sont pas trop influencés par nos émotions négatives.
Le détachement face à ce qui n’est pas sous notre contrôle
Nous devons pratiquer un certain détachement non seulement par rapport à nos émotions négatives mais aussi par rapport aux choses qui ne sont pas sous notre contrôle. Épictète, le philosophe romain divisait les choses en deux catégories : celles qui dépendent de nous, savoir nos opinions, désirs, inclinations, aversions, mouvements, actions, et celles qui ne dépendent pas de nous, savoir les choses, les décisions et actions des autres, nos biens, notre réputation, voire notre propre corps. Cette classification peut nous sembler excessive, mais elle a le mérite d’indiquer à quel point nous avons peu de contrôle sur les choses et sur notre propre destin. Cela a une implication importante : se détacher dans une bonne mesure des choses et des événements qui ne sont pas sous notre emprise. Ainsi, si nous perdons notre situation, ne partons-nous pas avec elle. Celui qui voit l’estime de soi, sa dignité ou sa réputation dans la réussite matérielle ou sociale sera totalement perdu lorsqu’il tombe dans la déchéance par un enchainement de circonstances malheureuses. Ce n’est donc pas par hasard que la dépression et les divorces suivent régulièrement les faillites prononcées par les tribunaux.
Le détachement nous protège contre les tempêtes sociales, les ennuis sur le lieu de travail, les soucis dans la vie personnelle. Il n’est pas synonyme d’un manque d’empathie, mais une manière efficace de ne pas être touché dans son intégrité psychique, afin de mieux accomplir ses obligations. En d’autres mots, nous continuons à ressentir de l’empathie envers nous-mêmes et envers celles et ceux qui souffrent, mais nous refusons que nos sentiments nous touchent de telle manière que nous en perdions notre intégrité mentale. C’est dans notre pouvoir de ne pas être touchés par nos émotions négatives. Nous pouvons ainsi considérablement améliorer notre condition.
Rester dans le moment présent
Nous devons rester dans le présent. C’est un concept à la fois simple et puissant qui est inhérent notamment au Taoïsme, au Bouddhisme ainsi qu’au Stoïcisme et aux méditations de pleine conscience. Il nous invite à vivre le moment présent en en étant pleinement conscient, car le passé n’est plus qu’un mémoire et l’avenir n’est qu’une anticipation de notre pensée. Inutile donc d’avoir des regrets pour le passé et de projeter ses craintes et attentes dans le futur. Cela nous évite beaucoup de problèmes. Rester dans le présent signifie que nous n’anticipons pas toute sorte d’hypothèses possibles et imaginables. Nous ne ruminons pas des pensées négatives et nous ne passons pas à côté de notre vie. Nous nous concentrons sur le moment présent et cherchons des solutions pour des problèmes actuels. Nous élaborons nos arguments dans le souci de la vérité, sans crainte pour l’avenir. Nous valorisons ce que nous avons maintenant, car c’est tout ce nous avons en réalité. Nous ne sacrifions pas le présent pour des projets personnels ou de société hypothétiques qui se réaliseraient dans un futur quelconque.
Nos attentes élevées nous rendent malheureux et colériques
Nous avons souvent des attentes trop élevées envers nous-mêmes et envers les autres. C’est un phénomène qui était connu de nos ancêtres. Le philosophe romain Sénèque avait constaté que plus les gens devenaient riches, plus ils devenaient exigeants. Il avait également constaté que cela les rendaient colériques, parce que la réalité désavouait constamment leurs attentes. Cela est tellement vrai pour nos sociétés modernes. Nous sommes si exigeants que nous nous rendons malades. Or, nous sommes tous des humains avec des limitations importantes. Nous ne pouvons pas tout avoir ou tout réussir contrairement à ce que nous est régulièrement répété depuis l’enfance. Nous devons être indulgents avec nous-mêmes et avec les autres. Les choses ne se passent toujours pas comme nous le souhaitons. D’ailleurs, peu de choses sont sous notre contrôle. Si nous échouons, nous devons toujours examiner si cela est dû aux circonstances malheureuses ou à un manquement qu’on pouvait raisonnablement éviter.
L’amour propre est vital
Pour affronter les difficultés, un autre élément est également fondamental : l’estime de soi. C’est une composante importante de la relation que nous entretenons avec nous-même. Il indique la considération que nous nous accordons et la confiance que nous avons en nous-même quand nous prenons nos décisions ou affrontons nos adversaires. Plus cette relation avec soi est valorisante, plus nous sommes confiants en nous-même et satisfaits de notre existence. Nous devons tâcher de ne pas faire dépendre l’estime de soi de nos réussites et échecs, car ceux-ci ne dépendent guère de nous. Par ailleurs, aucune réussite ne peut nous satisfaire si nous avons peu d’estime de nous-même.
L’estime de soi passe inconsciemment par l’image que les autres nous renvoient. Or, c’est là où réside toute la difficulté. C’est ainsi que nous courrons après les honneurs, la célébrité, la réussite sociale ou encore les apparences. Tout cela dépend des circonstances qui peuvent à tout moment se retourner contre nous. Nous pouvons cependant trouver une base solide pour notre existance dans nos valeurs éthiques tout en sachant que nous ne serons jamais parfaits sur ce terrain. Nous pouvons ainsi garder notre estime de soi intact même si nous subissions les pires revers dans la vie, car nous sommes conscients que nous sommes justes, que la vertu ne nous garantit pas la réussite et que nous nous relèverons chaque fois que nous tombons. Nous ne perdrons ainsi jamais l’estime de soi, qui est si essentielle pour une vie pleine et entière.
La solitude et l’isolement sont néfastes
Nous sommes des animaux sociaux. Nous nous sentons forts et en sécurité dans un groupe. Un Nelson Mandela n’aurait probablement pas survécu aux geôles sud-africain, s’il n’avait pas avec lui l’ANC et un soutien international. Il est primordial de constituer des réseaux et des groupes d’amis, de participer aux activités associatives et de s’intéresser à la politique. Cela peut engendrer de la fatigue et des émotions, mais le stress qui en résulte est bénéfique, car il ne produit pas de peurs et d’angoisse mais renforce les émotions positives comme l’empathie, le sentiment de la sécurité ou encore l’estime de soi. Le groupe constitue un renfort contre les difficultés et le sentiment d’appartenance est sécurisant pour l’individu.
Parler de ses difficultés et demander de l’aide
Nous ne devons en aucun rester seuls face aux difficultés. Nous devons en parler autour de nous, dans la famille, aux amis, aux collègues, aux professionnels de la santé et aux autorités si nécessaire. Il est humain de parler de ses difficultés, et il n’est pas honteux de demander de l’aide. Les difficultés, y compris les abus, perdurent et s’aggravent, parce que nous n’osons pas en parler. Les régimes autoritaires se maintiennent parce qu’ils emploient des moyens qui forcent les individus au silence. De même, les managers autoritaires emploient des méthodes qui musellent les employés. Lorsqu’il a y souffrances, il faut délier les langues. Dans une entreprise, cela est bénéfique pour les employés et pour l’employeur car celui-ci n’a aucun intérêt à ce que les employés soient stressés, malmenés ou harcelés. Les employés stressés sont peu productifs, et ne sont pas créatifs. Un management autoritaire et fermé cache souvent l’incompétence.
Éviter de prendre des décisions importantes quand on n’est pas en forme
Il est prudent d’éviter de prendre des décisions importantes lorsque nous sommes physiquement ou psychiquement souffrants, fatigués ou avons mal dormis. Cela nous évite de graves erreurs. Car notre état général influence considérablement sur nos capacités décisionnelles. Notre état émotionnel détermine nos décisions.
Un bon sommeil nous répare et nous prépare à affronter les difficultés. Des expériences scientifiques indiquent que les personnes qui dorment 5 heures ou moins de manière chronique ont plusieurs fois plus de risque de développer la dépression. Elles ont aussi beaucoup plus de risque d’avoir des accidents ou de développer de l’hypertension, des problèmes cardiovasculaires et du diabète. Le manque chronique de sommeil a également une incidence sur l’humeur, sur l’état émotionnel en générale et sur les relations avec l’entourage. Il suffit de s’observer pour s’en convaincre.
Il en va de même d’une bonne hygiène de vie en général. La consommation régulière d’alcool et d’une nourriture non équilibrée, sans parler de drogues ou de la cigarette, nous rend malade. Inutile de rappeler que la pratique d’une activité physique régulière et adaptée nous rend plus forts.
Pour conclure, nous ne devons pas avoir peur des difficultés. Nous sommes capables de traverser des tempêtes collectives ou personnelles. Nous pouvons vivre convenablement avec des problèmes chroniques comme la maladie, le handicap ou la pauvreté. Il suffit d’adopter une attitude adéquate pour que les difficultés deviennent des opportunités et nous rendent plus forts.